Paris (75)

Paris Plage : 20 ans, le bel âge !

Publié le 29/07/2022 - mis à jour le 29/07/2022 à 10H36
Paris Plage
DreamingCarrot/AdobeStock

Depuis 20 ans, les quais de Seine puis les bassins de la Villette se transforment dès le mois de juillet : chaises longues, parasols, terrains de pétanque, brumisateurs et mêmes points de baignade permettent à tous et toutes de vivre l’été. Retour sur une belle histoire, qui a déjà 20 ans !

En 1996, la ville de Saint-Quentin, dans l’Aisne, propose à ses habitants aux revenus modestes de vivre un été en ville. Depuis 26 ans, la place de l’hôtel de ville accueille donc des bassins, une plage de sable fin et des palmiers dignes de la promenade des Anglais. C’est la première ville en France à avoir fait ce pari. Il a fallu attendre 2002 pour que les Parisiens puissent profiter d’une opération similaire lancée en grande pompe par le maire de l’époque, Bertrand Delanoë, qui souhaite créer « une image de Paris plus ouverte, plus dynamique, plus attirante ». Le terrain avait été préparé quelques années auparavant par son prédécesseur, Jean Tibéri, qui avait eu la bonne idée de fermer les voies sur berge le dimanche, ce qui avait provoqué des embouteillages monstres, mais des touristes heureux…

Grâce à Christophe Choblet, figure incontournable de l’aménagement de l’espace public, la ville se découvre un visage estival. C’est lui qui a également coordonné la transformation de 7 places parisiennes mythiques et jugées intouchables (Panthéon, Madeleine, Bastille, Nation, Italie, Gambetta, Fêtes), ainsi que l’ouverture des 32 kilomètres de friche de la Petite Ceinture. Selon la géographe, Édith Fagnoni, la scénographie de Paris Plages, qui multiplie les références à la plage et aux sorties estivales, permet aux Parisiens d’entrer dans une utopie : celle d’une ville accueillante et libérée de tous carcans. Elle assure aussi une mission inattendue : connecter les Parisiens à leur fleuve, « la Seine est l’identité de Paris », explique-t-elle.

Pour la première édition, qui n’avait provoqué aucune opposition au Conseil de Paris, le pari est réussi : le premier jour d’ouverture 50 0000 Franciliens curieux font le déplacement. Pour la première fois, la capitale est confrontée à l’incongruité de berges dénuées de voitures et noires de monde. Pour la première fois aussi, les corps dénudés se fraient un chemin en pleine ville : même si la municipalité publie, en 2006, par arrêté un règlement intérieur Paris Plage, rendant passibles d’une amende de 38 euros les tenues indécentes (naturisme, string, monokini, etc.), rares sont les lieux qui permettent de bronzer, allongé, immobile, gratuitement, longtemps et en partie dénudé, en dehors des parcs, jardins publics constatent le sociologue Benjamin Pradel et l’urbaniste Gwendal Simon, en 2014, dans la revue Mondes du tourisme. Selon eux, les plages urbaines – et Paris Plages en particulier – constituent « des tiers lieux innovants ». Innovants et utiles : la preuve par l’exemple, en 2003, quand la canicule frappe le pays avec des températures jusqu’alors intenables (37 degrés dans la capitale), Paris Plage offre une oasis de fraîcheur aux habitants et aux touristes avec la mise à disposition de brumisateurs qui ont désormais pris leurs quartiers dans la ville, en saison estivale, réchauffement climatique oblige !

La banlieue aussi a ses plages

En vingt ans, Paris Plage a beaucoup changé et agrandi son périmètre dans la capitale, continuant de métamorphoser la ville. L’événement n’a pas été exempt de polémiques : en 2015, une animation surnommée Tel Aviv-sur-Seine provoque la colère de nombreux partisans de la Palestine occupée. En 2017, alors que la guerre en Syrie fait des ravages, Paris Plages est privé de son ingrédient phare, son sable “100 % normand” fourni d’ordinaire par l’industriel Lafarge, pointé du doigt pour sa complicité avec le régime de Bachar Al Assad. En 2020 et 2021, Paris Plage est annulé, Covid oblige.

Malgré ces couacs, Paris Plage est resté un rendez-vous incontournable et s’étend désormais du Pont de Solférino (Paris VIIe) au Pont Marie (Paris IVe), mais aussi sur les bassins de la Villette où il est possible de nager. En 1988 puis 1990, Jacques Chirac fait la promesse de rendre le fleuve accessible aux baigneurs, un vœu pieux que Paris Plages n’a pour l’heure pas encore permis de vraiment réaliser. Mais ce n’est sans doute qu’une question de temps. Dès 2004, à la hauteur du métro Sully Morland, un bassin flottant avait été installé pour permettre aux Parisiens de barboter sur la Seine : la profondeur d’un mètre ne permettait pas de faire des longueurs. En 2006, à l’occasion de Paris Plage, la ville inaugure sa première piscine flottante aux pieds de la BNF : la piscine Joséphine Baker. C’est à partir de 2017, que sur le site du bassin de la Villette, des bassins accueillent les nageurs dans l’eau de la Seine, ce qui finit de couronner de succès l’événement.

Si Paris Plages attire les touristes franciliens, la banlieue n’est pas en reste : dès lors que la capitale a réussi son pari d’offrir des vacances à domicile à ses administrés, de (très) nombreuses communes franciliennes ont suivi l’exemple proposant un véritable maillage de destinations estivales locales. Depuis 2008, à Carrière-sous-Poissy, par exemple, la mairie installe une plage de sable fin, et met à disposition de ses habitants des terrains de pétanque, des tables de ping-pong et un bassin de 200 mètres carrés. Rosny Plages propose à ses habitants bacs à sable, châteaux gonflables et plages de sable. La Seine-et-Marne n’est pas en reste tout comme les villes d’Alfortville, Arcueil, Boissy-Saint-Léger, Champigny-sur-Marne, Charenton-le-Pont, Ivry-sur-Seine, Joinville-le-Pont, Saint-Maur-des-Fossés, Villeneuve-Saint-George, Vincennes ou Vitry-sur-Seine proposent cet été des festivals et espaces de détentes estivaux. Parfois certaines villes bénéficient d’équipements naturels qui rendent l’expérience plus aisée : c’est le cas de Cergy-Pontoise qui peut compter sur ses lacs pour offrir le cadre idéal à une impression Bahamas.

Ou plutôt une impression de voyage dans le temps : dès le début du XXsiècle et jusqu’à l’interdiction de baignade de 1970, les Parisiens fréquentent beaucoup les bords de Marne ou de Seine l’été. À Vitry-sur-Seine, dès les années trente, les zones de baignade municipale sont mises en location. En été, la plage de Maisons-Alfort est une des plus renommée à l’époque. Elle compte plus de 252 cabines de plage et peut accueillir au moins 4 000 personnes.

Une édition 2022 qui prépare à Paris 2024

Cette année, Paris Plages fête ses 20 ans avec en toile de fond l’entrée de la capitale dans le tic-tac de « son » olympiade : lors de la cérémonie de clôture des Jeux paralympiques de Tokyo, en août 2021, Anne Hidalgo a reçu la flamme olympique.

La ville va donc devoir faire de la place pour des retransmissions en direct, pour des épreuves aquatiques aussi et Paris Plage est le laboratoire idéal pour préparer les olympiades. Les jardins du Trocadéro situés face à la Tour Eiffel vont accueillir un stade éphémère entièrement dédié au sport.

Le sport : voilà l’ingrédient principal de l’édition 2022 : les berges piétonnisées de la Seine vont donc accueillir des cours de taï-chi, de la pétanque ou du baby-foot. Autour du bassin de la Villette, les sports nautiques seront à l’honneur : canoë-kayak, kayak polo, stand up paddle, pédalos mais aussi mur d’escalade flottant. Du 9 juillet au 21 août, 6 bassins éphémères, dont deux nouveaux, vont ouvrir gratuitement dans différents lieux de la capitale, au quai de Loire bien sûr, mais aussi dans des lieux très éloignés de la Seine : au stade louis lumière (XIXe), au centre sportif George Carpentier (XIIIe), au centre sportif Léo Lagrange (XIIe), gymnase Didot (XIVe). Une façon pour les Parisiens de découvrir des équipements sportifs qu’ils auraient pu avoir oubliés.

Si Paris Plages va permettre de préparer les JO 2024, le cercle vertueux peut aussi marcher dans l’autre sens : l’ex ministre des Sports, Roxana Maracineanu, avait affirmé à nos collègues du Parisien que les Jeux olympiques seraient « un accélérateur indéniable pour se baigner dans la Seine ». Elle avait même avancé un objectif post jeux, de « 23 sites de baignades en Seine et en Marne pour accueillir des activités de loisirs et sportives ». Un rêve que n’aurait sûrement pas renié Jacques Chirac.

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