Voyage en Grèce (LI)

En Thessalie (V) et en Étolie (I)

Publié le 09/08/2019

Quoi qu’on en dise, la Grèce est notre mère. Les lieux, les pierres et les monuments sont comme un rappel de notre civilisation. René Puaux (1878-1937) publia un Nouveau guide de la Grèce en 1937 à la Société française d’éditions littéraires et techniques. « L’intérêt de ce livre m’est apparu, un soir d’été, au cours d’une promenade sur l’esplanade du Phalère », disait-il. Il n’avait trouvé dans aucun guide les récits des traditions légendaires du Phalère et son histoire. Il résolut de « rédiger un guide de tout autre ordre, celui du Touriste-Poète » qui ne manque pas d’ironie. Nous poursuivons notre promenade en Thessalie. BGF

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Les ruines d’Orrninion sont cataloguées comme peu intéressantes. Je n’en disconviens pas. Cette antique cité devait son nom à Orminus, fils de Cercaphus, roi de Thessalie. Il y a naturellement, autour de cette famille, une histoire. Cercaphus et Ochimus étaient les fils d’Hélios, le roi-Soleil, car Louis XIV n’a rien inventé. Ochimus avait une fille, Cydippe, promise à Ocridion, mais elle plaisait fort à son oncle Cercaphus et ce dernier usa de la fausse proclamation d’un héraut pour ruiner déloyalement son rival. De ce jour Ocridion bannit tous les hérauts de sa présence et de ses États. Cela n’est évidemment pas très captivant, mais je ne peux rien trouver de mieux.

Près de Skyti se trouvent, sur une hauteur, les ruines de Meliboea, patrie de Philoctète, l’un des plus illustres guerriers du siège de Troie. Il fut l’héritier des flèches d’Hercule, son ami. Il les avait enfouies près du cadavre du héros, en jurant de ne point révéler la sépulture et la cachette. L’oracle ayant prédit que Troie ne serait prise qu’avec les flèches d’Hercule, Philoctète se parjura. Il en fut puni par une blessure au pied exhalant une telle puanteur qu’on débarqua l’infirme à Lemnos où il resta dix ans. Ulysse vint l’y chercher et la flèche qui tua Pâris assura la victoire. Philoctète valut à Pradier son prix de Rome en 1813. Le jour où des Thessaliens enrichis voudront parer les ruines de Meliboea, ils pourront s’adresser au musée de Genève qui possède le moulage de cette statue.

Kryoneri (Calydon), en Étolie, est un petit port où l’on ne s’arrête généralement pas, car le bateau de Patras va partir ou le train de Missolonghi est sous pression. Et je ne me suis jamais arrêté. Je n’ai donc pas pu faire le pèlerinage de Calydon et de la fontaine Kallirrhoé. Kallirrhoé qui eut aussi sa fontaine à Athènes, était de Calydon et son suicide aurait eu lieu ici. Le nom de Calydon est assez connu par la chasse de Méléagre, tuant, dans les bois d’alentour, le sanglier envoyé par Diane, pour qu’il soit nécessaire d’insister. Ce dont l’on se souvient moins, c’est de l’histoire de Méléagre lui-même. À sa naissance, les Parques avaient mis, dans le foyer familial, un tison et tant que ce tison y brûlerait, Méléagre vivrait. Méléagre ayant tué le sanglier, en donna la peau et la hure à Atalante, sa compagne de chasse, ce qui provoqua, comme je l’ai déjà rappelé, la jalousie des oncles du jeune homme, Céphée et Plexippe. Ils arrachèrent à la princesse ce présent qu’elle venait de recevoir et furent tués par Méléagre. Althée, mère du héros, dans un instant de fureur, pour venger ses frères, retira le tison du feu et son fils, aussitôt, sentit la vie se retirer de lui. Les sœurs de Méléagre, Gorgé, Déjanire, Eurymède et Mélanippe se couchèrent sur son tombeau et y demeurèrent jusqu’à la métamorphose des deux dernières en pintades (dont les ailes sont semées de pleurs). On prétendait que ces volatiles venaient annuellement sur le tombeau de leur frère et y poussaient des cris plaintifs. Dans l’Antiquité on nommait la pintade : « l’oiseau de Méléagre ». Retenez cette indication, si vous invitez un helléniste à dîner. Déjanire, sœur de Méléagre, est celle du manteau empoisonné par le sang du centaure Nessus.

(À suivre)

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Référence : LPA 09 Août. 2019, n° 146q0, p.23

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