A.-L. Chevalier : « Les commissaires aux comptes sont au cœur de l’activité économique du pays » !

Publié le 06/12/2023

La Compagnie nationale des commissaires aux comptes (CNCC) organise, les 7 et 8 décembre, la 34e édition de ses Assises nationales de la profession. Un rendez-vous institutionnel majeur qui permettra notamment de faire le point sur l’entrée en vigueur, le 1er janvier 2024, de la directive européenne CSRD sur le reporting de « durabilité » des entreprises. Un tournant pour les auditeurs légaux qui témoigne, selon Anne-Laure Chevalier, expert-comptable et commissaire aux comptes, associée du cabinet FIGEC, membre du bureau national de la CNCC, d’une « reconnaissance du rôle sociétal » assumée par les commissaires aux comptes. Entretien.

Actu-Juridique : Votre institution est-elle inquiète du manque d’attractivité de la profession ?

Anne-Laure Chevalier : Nous rencontrons il est vrai des difficultés de recrutement, néanmoins cette problématique ne concerne pas que nos cabinets mais toutes les entreprises quel que soit leur domaine. L’enjeu de l’attractivité n’est pas propre à notre métier. Par ailleurs, nous souffrons aussi d’un déficit de connaissance relatif aux missions d’un auditeur légal. Les commissaires aux comptes sont des acteurs en mouvement, inscrits au cœur de l’activité économique et dont le rôle ne cesse de se renforcer. Nous jouons par exemple un rôle de plus en plus important en matière de responsabilité sociétale des entreprises (RSE) ou face à l’accélération vertigineuse de la numérisation de l’économie. Ainsi, pour notre métier l’enjeu est davantage lié à un problème de communication qu’à un manque d’attractivité par essence. C’est pour cette raison d’ailleurs que la Compagnie s’attelle depuis quelques années, à travers des campagnes dans les médias, à faire la promotion de notre métier. De la même manière nous sensibilisons les cabinets à cet enjeu pour que dans leur organisation, les attentes des jeunes collaborateurs soient mieux comprises et entendues. Du télétravail, une meilleure reconnaissance des talents, des valeurs alignées sur les enjeux de société contemporains, et plus de souplesse pour conjuguer vie privée et vie professionnelle, voilà certaines des conditions qu’il faut adopter pour attirer et fidéliser aujourd’hui les jeunes professionnels.

AJ : La diversification de vos missions, notamment autour de la durabilité, engage nécessairement une diversification des profils au-delà des filières classiques d’accès à votre métier. Comment pouvez-vous attirer ces autres talents ?

Anne-Laure Chevalier : Nous aurons toujours besoin de diplômés issus d’études financières ou comptables, toutefois un cabinet d’audit, pour relever les nouveaux défis, doit attirer de nouveaux profils : des spécialistes en risque cyber ou en durabilité, des ingénieurs ou encore des juristes. Et c’est justement pour répondre à ce défi de la formation et de la diversification que notre mandature s’attelle à réformer les voies d’accès à la profession. Nous travaillons notamment à une réorganisation en profondeur du Certificat d’aptitude aux fonctions de commissaire aux comptes (CAFCAC) et venons de créer récemment l’École française de formation à l’audit, qui ouvre la porte à tous les étudiants disposant d’un Bac +5, de grade Master ou non, quelle que soit leur filière d’origine.

De manière générale, le commissaire aux comptes répond par ses missions professionnelles aux attentes des jeunes générations, qu’elles soient environnementales, sociétales ou technologiques. J’aime à le répéter mais nous sommes au cœur de l’activité économique du pays, nous réalisons nos missions au service de plus de transparence, de confiance, de justice économique. Et nous le serons encore plus demain dans le cadre de la directive européenne CSRD qui placera le commissaire aux comptes au centre de la certification des données extra-financières.

AJ : La directive CSRD sera justement au programme de vos Assises, en quoi est-elle si importante pour votre profession ?

Anne-Laure Chevalier : Cette directive européenne vise à renforcer les règles déjà existantes en ce qui concerne la publication, par les entreprises, d‘informations sur la durabilité de leur activité. Autrement dit, les entreprises concernées devront répondre à de nouvelles exigences concernant le périmètre de reporting de leurs informations extra-financières, soit, en résumé, celles liées à l’impact environnemental sociétal et de gouvernance. Selon le calendrier européen, l’application de cette directive se fera progressivement à partir du 1er janvier prochain pour les plus grosses entreprises (plus de 500 salariés, puis plus de 250 salariés). Chacun peut mesurer l’importance d’un tel sujet dans un souci d’une économie davantage durable et les commissaires aux comptes, en qualité d’auditeurs légaux, auront la responsabilité de certifier ces informations extra-financières publiées par les entreprises. C’est évidemment une reconnaissance de notre capacité à apporter de la confiance au sein de l’économie, quelle que soit la nature de l’information que l’on nous demande de certifier, financière ou pas.

AJ : Les commissaires aux comptes sont-ils prêts aujourd’hui à assumer cette nouvelle responsabilité ?

Anne-Laure Chevalier : Ce qui est sûr, et nous le constatons tous les jours au sein de la CNCC et des compagnies régionales, c’est qu’ils ont très envie de se confronter à l’application de la directive CSRD. Nous sentons un réel engouement en la matière. Précisons que pour être en mesure de réaliser cette mission, les commissaires aux comptes, dans le cadre de la transposition de la directive CSRD, devront effectuer une formation de 90 heures homologuée par la future « H2A ». La CNCC a été leader pour construire ce programme de 90 heures, le fameux « Visa durabilité ». En suivant ce Visa durabilité dans les semaines à venir, les professionnels pourront certifier les informations de durabilité des entreprises.

AJ : Quels seront les autres sujets d’actualité de la 34e édition de vos Assises qui se tiendront les 7 et 8 décembre prochains ?

Anne-Laure Chevalier : Ces Assises ont été placées sous le thème « Attractivité, Ressources & Compétences ». À cet égard nous tiendrons plusieurs conférences plénières pour évoquer ces sujets et pour développer les enjeux que nous venons d’évoquer avec des intervenants experts et qualifiés. Nous proposons aussi toute une série d’ateliers pour que les professionnels soient toujours au fait des dernières actualités de la profession : actualités normatives et doctrinales, nouveaux outils numériques, évolution du management, etc.

C’est un programme riche et tout à fait complet qui sera proposé aux participants. Nous sommes, je le répète, à l’aube de transformations majeures pour notre profession. C’est évidemment avec enthousiasme que nous abordons ce tournant pour l’ensemble des commissaires aux comptes et leurs collaborateurs.

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