Paris (75)

Marc Cagniart : « Les notaires de Paris ont un rôle à jouer auprès des décideurs politiques et médiatiques »

Publié le 12/07/2022 - mis à jour le 12/07/2022 à 10H08

Élu en mai dernier par ses confrères de la Chambre de Paris – qui couvre aussi les départements du Val-de-Marne et de la Seine-Saint-Denis – Marc Cagniart succède à Cédric Blanchet à la présidence de la Chambre des notaires de Paris. L’ex-premier vice-président de la Compagnie des Notaires devra composer avec un programme pour le moins chargé pour ces deux prochaines années : réforme de la déontologie, travaux de l’Hôtel de la Compagnie, attractivité du métier, sont certains des sujets sur lesquels il souhaite avancer aux côtés des 26 autres membres de la Chambre. Rencontre.

Actu-Juridique : Quel est votre sentiment après votre élection à la Chambre des notaires de Paris ? Peut-on considérer cette élection comme une suite logique après votre mandat en qualité de premier vice-président du bureau sortant ces deux dernières années ?

Marc Cagniart : La confiance que m’ont accordée les membres de la Chambre des notaires de Paris, le 20 mai dernier, me rend fier bien sûr mais m’oblige surtout. Je dois désormais être à la hauteur des attentes de mes confrères et relever tous les défis que j’ai présentés dans mon programme.

Comme vous le mentionnez, avoir assisté le président de la Chambre des notaires Cédric Blanchet pendant deux années permet de travailler immédiatement et en continuité avec les présidents m’ayant précédé. Ceci autorise une grande cohérence et une stabilité précieuse.

Actu-Juridique : Le point « chaud » de votre début de mandature concerne la réforme de la discipline et de la déontologie du notariat qui est entré en vigueur le 1er juillet. Pouvez-vous nous expliquer concrètement en quoi consiste cette réforme ? Que va-t-elle impliquer pour votre discipline ?

Marc Cagniart : La réforme de la discipline et de la déontologie concerne plusieurs professions du droit, dont le notariat. Concrètement, et pour aller à l’essentiel, cette réforme assurera une meilleure prise en charge des réclamations des plaignants dues à un manquement d’un professionnel, mais aussi à un renforcement des pouvoirs du président qui pourra alors saisir la juridiction disciplinaire si nécessaire. Un Code de déontologie est en préparation pour fixer les principes et les devoirs des notaires. La Chambre veillera à accompagner les notaires pour qu’ils puissent s’approprier cette réforme en lien avec Élisabeth Thouault, premier syndic.

Actu-Juridique : Vous souhaitez également attirer de nouveaux talents. Pourtant, le nombre de notaires au sein de la Compagnie a bondi en l’espace de cinq années (de 900 à 2017 à près de 2 000 aujourd’hui). N’est-ce pas suffisant ?

Marc Cagniart : La Compagnie a vu ses effectifs et ses offices plus que doubler en à peine 5 ans. Et les notaires de la Compagnie peinent aujourd’hui à recruter des collaborateurs. Ils sont 6 000 aujourd’hui et cela s’avère insuffisant. Ce sont des comptables, des formalistes, des juristes, ou encore des assistants et des négociateurs, dont les études de notaires ont aujourd’hui besoin. Le marché est clairement tendu, à l’image de beaucoup d’autres professions. Le Conseil supérieur du notariat estime qu’il manque 5 000 collaborateurs sur toute la France.

Actu-Juridique : Comment souhaitez-vous attirer de nouveaux collaborateurs, et plus précisément de jeunes collaborateurs ?

Marc Cagniart : L’univers du notariat est méconnu du grand public. Aujourd’hui encore, notre profession est associée à des idées reçues négatives : pas assez dans l’air du temps, réfractaire à la numérisation, missions répétitives et chronophages. Tout cela est faux, et nous allons le faire savoir. Une étude ce n’est pas qu’un notaire, c’est bien d’autres métiers. Nous allons développer un effort de promotion des métiers du notariat. Une campagne d’information va notamment être bientôt lancée sur les réseaux sociaux professionnels et à destination des étudiants.

Nous souhaitons mettre en place aussi une journée de rencontres avec les étudiants et un rendez-vous intitulé « Le notariat recrute » pour les professionnels. Lorsqu’on interroge les jeunes sur leur carrière professionnelle, ils recherchent de la diversité et du sens. C’est précisément ce que le notariat peut offrir, puisqu’une multitude de métiers est à l’œuvre dans une étude de notaire, et que la mission essentielle du notariat est d’apaiser la société, de sécuriser les familles et les transmissions patrimoniales.

Actu-Juridique : Une autre de vos priorités concerne la transformation numérique des offices. Celle-ci est-elle déjà bien entamée ?

Marc Cagniart : Oui très clairement, et bien avant la crise Covid, même si la pandémie a encore accéléré ce processus. Nous disposons notamment d’un cloud où sont stockés, en France, toutes nos applications et services. Nous poursuivrons nos travaux en cours, grâce à la volonté des professionnels de la chambre, sur l’intelligence artificielle. Notre projet « VictorIA » permettra d’optimiser considérablement le traitement des données et des documents lors des opérations de cessions d’actifs immobiliers. Mais ce n’est pas tout, nous avons aussi un programme sur la blockchain et nous avons tout récemment mis à disposition des notaires et de leurs clients une plate-forme de transfert sécurisé de RIB. La sécurité informatique et de la lutte contre les cyberattaques est une préoccupation de tous les instants. Les données et les fonds que nous traitons sont évidemment précieux et peuvent faire l’objet d’intentions malveillantes.

Actu-Juridique : Un « vrai » chantier pour votre mandat, ce sont les travaux de l’Hôtel de la Compagnie, situé place du Châtelet (75001). Il était devenu essentiel de les réaliser ?

Marc Cagniart : Oui ; d’ailleurs, rappelons que ce sont mes prédécesseurs, Pascal Chassaing, Bertrand Savouré et Cédric Blanchet, qui ont initié ce projet. L’Hôtel de la Compagnie est un formidable lieu, historique, exceptionnellement bien situé dans Paris, mais qui est âgé, plus de 170 ans désormais. Si des aménagements ont été réalisés au fil du temps, aucun chantier d’envergure n’a été mené. Le temps de la rénovation est donc venu. Cette rénovation est l’occasion de repenser les usages et les besoins d’une compagnie profondément transformée. Elle compte désormais 2 000 notaires qui maîtrisent parfaitement tous les outils numériques. Comme l’ont fait nos prédécesseurs, à nous aujourd’hui de transmettre à ceux qui nous succéderont un magnifique outil de travail.

Précisons à ce propos que les travaux de rénovation de l’immeuble débuteront au cours de l’automne prochain. Les services de la Chambre sont transférés quant à eux cet été, dans un autre immeuble, le temps du chantier, dans le huitième arrondissement de la capitale, au 18 de la rue Pasquier.

De manière symbolique, si la rénovation de l’Hôtel du Châtelet renforce le rayonnement de la Chambre, nous avons pour ambition aussi de nourrir le débat public de nos travaux juridiques. Les Notaires de Paris ont un rôle à jouer auprès des décideurs politiques et médiatiques. À ce propos, nous publierons prochainement les résultats d’un groupe de travail sur la transmission.

Actu-Juridique : Quel est l’état des lieux du marché immobilier sur la zone couverte par votre chambre, soit Paris, le Val-de-Marne et la Seine-Saint-Denis ?

Marc Cagniart : Le marché de l’immobilier en Île-de-France a traversé la crise Covid de manière presque « miraculeuse ». Excepté lors des premiers confinements où, forcément, l’activité a dû être ralentie, le volume des ventes est resté à un niveau exceptionnellement élevé. Les prix, quant à eux, ont continué de croître et particulièrement pour les maisons.

Aujourd’hui encore, le marché de l’immobilier se porte bien, bien que nous constations un léger ralentissement sur le premier semestre 2022. Nous dirigeons-nous vers un « retour à la normale » ? Il est encore trop tôt pour le dire. Nous sommes notamment attentifs aux conséquences de la guerre en Ukraine avec une hausse de l’inflation et une remontée des taux d’intérêt. Ces éléments combinés vont-ils impacter durablement le marché et le comportement des acquéreurs et vendeurs ? Nul ne peut le dire encore.

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