Hauts-de-Seine (92)

La faculté de droit de Malakoff : un lieu de mémoire

Publié le 20/01/2023 - mis à jour le 20/01/2023 à 10H19
La faculté de droit de Malakoff : un lieu de mémoire
Faculté de Droit, d’Économie et de Gestion – Site de Malakoff – Université Paris Cité

Située au sud de Paris, la faculté de droit Paris Cité (anciennement Paris V-René Descartes) est reconnaissable par sa façade réalisée en brique, pierre et grés émaillé. Édifié en 1926, le bâtiment de style Art Déco a abrité les premières expériences de télévision. Il est depuis 2004 classé au patrimoine historique français.

Au sommet du grand portail en fer, un bas-relief représente Zeus, Athéna et la fée électricité, reliquat de l’affectation passée du bâtiment. La construction d’une nouvelle École supérieure d’électricité (Supélec) hors de la capitale est en effet décidée en 1924 face à un nombre croissant d’étudiants. Le tout a été pensé par les architectes André Raimbert et Jean Papet au début des années 1920, qui sont plus connus pour leurs œuvres au sein des plus grands hippodromes français. Les différents agencements et décorations sont menés par l’architecte Georges Appia qui fait le choix de la maison Gentil et Bourdet pour les céramiques.

À la limite de Malakoff et de Paris, le lieu est au départ isolé, entouré de boue. C’est l’emplacement de l’ancienne briqueterie sur la commune de Malakoff qui est sélectionné pour son prix et pour l’espace de 16 000 m2 disponible. Une cérémonie de la pose de la première pierre est organisée le 9 novembre 1925, en présence du président de la République, Gaston Doumergue, et du ministre de l’Instruction publique, Yvon Delbos.

Dans l’édition du journal Bonsoir du 11 novembre 1925, une brève indique : « Hier après-midi, à Paris Malakoff, hors la porte de Vanves, sous le dais fragile d’un vélum, dans un décor somptueux de velours et d’or, le président de la République a posé la première pierre du nouveau bâtiment de l’École Supérieure d’Électricité. […] M. Doumergue fit, la truelle à la main, le geste rituel, et vida, en l’honneur des nouveaux bâtiments de l’École, une coupe de champagne. L’assemblée, brillante et nombreuse, imita unanimement ce dernier geste ». Les travaux durent deux ans. La cérémonie d’inauguration est organisée le 10 novembre 1927 mais l’un de ses architectes André Raimbert n’est plus là pour le voir puisqu’il décède en juin 1927 des suites d’un accident.

Et soudain, la télévision…

Quelques années seulement après l’accueil des premiers étudiants à Supélec, une expérience de « visiophonie » se produit, sous la direction de René Barthélemy. Élève de la promotion 1909-1910, René Barthélemy était devenu à 22 ans radiotélégraphiste à la tour Eiffel, puis en 1929, le chef du nouveau laboratoire de recherche sur la télévision associé à la compagnie des compteurs de Montrouge. Il organise en avril 1931, durant près de deux heures, la première démonstration de télévision publique en France à l’aide d’un récepteur utilisant le disque de Nipkow et une caméra mécanique à miroir de Weiller à 30 lignes de définition, entre le grand amphithéâtre de l’École supérieure d’électricité et la compagnie des compteurs de Montrouge.

L’on peut alors lire dans la presse de l’époque : « Après une causerie technique de M. Barthélémy sur la télévision, la lumière fut éteinte et le public anxieux, debout, les yeux rivés sur l’écran, vit soudain se dessiner avec de plus en plus de netteté les traits d’un homme dont la voix nous parvint au moyen d’un haut-parleur et qui se trouvait au poste d’émission situé à 1 500 mètres de là. Ce miracle prodigieux se continua par la vision d’une jeune femme qui nous annonça qu’elle allait se poudrer ; malgré un léger balancement de l’image dû, dit-on, à la chaîne d’entraînement d’un moteur du poste d’émission, on ne perdit pas un geste de la coquette qui, s’apprête à se poudrer, et qui alluma une cigarette. La salle spontanément éclata en applaudissements frénétiques » (L’Écho d’Alger, 16 avril 1931).

Après la Deuxième Guerre mondiale, Supélec fait de nouveau face à un nombre important de nouvelles inscriptions et les lieux sont trop étroits. Les bâtiments sont surélevés et agrandis dans les années 1960 avant qu’un nouveau départ ne soit envisagé, cette fois-ci en Essonne, à Gif-sur-Yvette. En 1976, les nouveaux bâtiments sont de nouveau inaugurés par le président de la République, Valéry Giscard d’Estaing. Supélec est partie,mais alors c’est la faculté de droit de Malakoff qui nait…

Le déménagement de la faculté de droit

En 1975, après le déménagement de Supélec, la faculté de droit de l’université René Descartes-Paris 5 s’installe dans les locaux. Le site Monumentum, cartographiant les monuments historiques français, précise : « L’ensemble comportait un certain nombre de bâtiments différenciés selon leur fonction. Salles de conseil, appartements de direction et bibliothèque au premier étage du pavillon d’entrée. Au centre, se trouvait le hall et le grand amphithéâtre, ainsi que l’administration. À l’arrière, deux ailes étaient consacrées aux salles des machines et des mesures, et aux laboratoires. Le bâtiment antérieur est resté dans son état d’origine » !

Cette nouvelle faculté complète l’offre francilienne. Dans l’édition du Monde du 21 octobre 1976, un article détaille : « Dans un premier temps, la décision du secrétariat d’État aux Universités avait entraîné un afflux de demandes d’inscriptions dans les deux établissements du centre de Paris. Paris-I (Tolbiac) et Paris-II (Assas) ont reçu près d’un millier d’inscriptions « excédentaires ». On a donc décidé d’en  » verser  » six cents dans une nouvelle unité d’enseignement et de recherche de droit qui devait être créée au sein de l’université Paris-V et installée à Malakoff, dans les anciens locaux de l’École supérieure d’électricité. Le secrétariat d’État avait d’autre part promis de transférer à Paris-V les vingt-sept professeurs (sur trente-neuf) et les sept maîtres assistants qui souhaitaient quitter Paris-X-Nanterre ».

La création de cette nouvelle entité au sud de Paris revient à la ministre des Universités de l’époque, Alice Saunier-Seité. En 1984, une filière d’économie et de gestion est adjointe à celle du droit. Aujourd’hui, la faculté de droit, d’économie et de gestion est membre de la Faculté Sociétés et Humanités de l’université Paris-Cité.

Monument historique

Propriété de l’État, les bâtiments ont été inscrits à l’inventaire supplémentaire des monuments historiques en 2004. Sont protégés l’amphithéâtre Paul Janet, en totalité ; les façades et toitures du bâtiment donnant sur l’avenue Pierre-Larousse, ainsi qu’à l’intérieur de celui-ci : l’entrée avec son petit escalier, le grand hall et le grand escalier, les circulations du rez-de-chaussée et du premier étage, la bibliothèque.

Offrant à ses étudiants plusieurs parcours en formation initiale et en formation continue en droit et en économie-gestion, le site Malakoff-Porte de Vanves dispose depuis 2018 d’une bibliothèque universitaire, nommée Jeanne Chauvin. Avocate et féministe, elle est la première femme à avoir plaidé en France le 21 janvier 1901, à l’occasion de l’affaire de « l’accident de Choisy-le-Roi ». Construite par l’atelier d’architecture CANAL, cette nouvelle bibliothèque est construite sur deux niveaux, avec une très haute performance énergétique et réalisée majoritairement en bois (structure, charpente, ossature et bardage des façades). Déjà porteuse d’un nom révélant le matrimoine juridique de l’histoire de France, peut-être rejoindra-t-elle à son tour un nouvel inventaire du patrimoine dans le futur…

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