À Poissy : la résidence du bonheur… monoparental !

Publié le 11/12/2023
À Poissy : la résidence du bonheur… monoparental !
amnaj/AdobeStock

En France, une famille sur quatre est monoparentale. En Île-de-France, c’est une famille sur trois. Pourtant, dans la région se télescopent plusieurs problématiques de logements qui peuvent rendre la situation de ces familles particulièrement acrobatiques. Mais une révolution va bientôt sortir de terre… à Poissy. Une première mondiale !

Quand Tina et Valentine se sont séparées, leur fille avait trois ans et demi. Les Montreuilloises, dont l’une était sans emploi, se sont trouvées dans une situation rendue encore plus compliquée par la baisse de leur niveau de vie et la revente en catastrophe de leur appartement dans un contexte de crise de l’immobilier. La parade a dû être trouvée pour affronter ensemble – bien que séparées – une montagne de démarches. « J’aurais voulu savoir à quelle porte frapper pour avoir des conseils », nous explique Tina, désormais mère célibataire une semaine sur deux. Si les deux mamans ont pu vendre l’appartement (moyennant une baisse importante du prix de vente) et trouver à se reloger dans de tout petits appartements autour de l’école de leur fille, elles doivent désormais concilier seules avec le quotidien, trouver des personnes de confiance pour prendre le relais le soir après le travail, être raccord quant aux questionnements de l’enfant, trouver les aides auxquelles elles peuvent désormais prétendre.

C’est pour des familles comme celle de Tina et Valentine que Commune a été pensé. « J’ai fondé Commune en 2021 avec mon associé Ruben Petri en partant de ce constat : le modèle traditionnel de la famille nucléaire et du foyer unique tout au long de la vie adulte n’est plus la norme. Les familles d’aujourd’hui sont diverses et font face à des besoins spécifiques à différents moments de leur vie, y compris les ruptures et les périodes de monoparentalité », nous explique Tara Heuzé-Sarmini, une Parisienne de 29 ans, CEO et cofondatrice de Commune. L’entrepreneuse, récompensée par le prix Espoir de la Femme d’Influence en 2022, n’en est pas à sa première victoire dans l’innovation sociale : elle avait déjà fondé à 21 ans l’association Règles Élémentaires, pionnière sur la question de la précarité menstruelle.

Entre collocation, résidence et communauté, Commune est un concept de résidence réservée aux familles monoparentales. Tout est fait pour que les parents trouvent un équilibre social (les parents solos peuvent souffrir d’isolement), une entraide (organisationnelle, dans l’aide aux devoirs, dans l’accompagnement juridique), mais aussi un répit en terme économique (la société promet de 20 à 30 % d’économies grâce à la mise en partage de certaines ressources, entre autres). La première résidence, à Poissy, ouvre en ce mois de décembre : les 14 familles qui y loueront des appartements indépendants (avec chambre parentale, chambres pour un ou deux enfants, salle de bains et kitchenette) disposeront d’un jardin, d’une cuisine collective, d’un salon, d’une salle de jeux et d’espaces de coworking. Des services de soutien scolaire ou de ménages sont également compris et d’autres sont à la carte (repas préparés, garde d’enfants). Si le soutien moral est incalculable dans ce genre de situation, le prix de base reste très abordable pour la région parisienne : 1 190 € pour un parent avec un enfant et à 1 390 € pour les familles avec deux enfants. Choisies sur dossier pour une durée maximale de trois ans, les premières familles à tester ce concept unique au monde font leurs valises.

En Île-de-France, 43 % des familles monoparentales partagent des logements suroccupés

Commune propose une solution idéale à de nombreux parents (des femmes dans 85 % des cas) isolés : en 1999 les familles monoparentales ne représentaient que 16,7 % des familles, contre un enfant sur quatre aujourd’hui ! Selon une étude Insee de 2020, les petits franciliens grandissent encore majoritairement dans une famille dite « traditionnelle », une part légèrement plus élevée qu’en France (69,6 % contre 68,0 %), classant la région au 4e rang, derrière la Bretagne, les Pays de la Loire et Auvergne -Rhône-Alpes. Selon l’étude, près de la moitié des familles monoparentales (43 %) occupe des logements suroccupés malgré une taille moyenne de la famille plus faible (58 % sont enfants uniques). La suroccupation des logements est moins fréquente pour les enfants des familles recomposées (35 %) ou des familles « traditionnelles » (22 %). Cela est étroitement lié à la structure du parc de logements, aux prix des loyers et aux coûts d’acquisition, d’ailleurs la suroccupation s’observe essentiellement à Paris et dans la petite couronne. Selon l’Observatoire des loyers de l’agglomération parisienne (OLAP), le prix moyen du loyer pour un appartement de 53 m2 a dépassé les 1 000 euros en 2022 et les loyers continuaient d’augmenter, malgré les plafonnements mis en place : à Paris (+ 4 %), dans la petite couronne (+ 4.6 %) et encore plus dans la grande couronne (+ 5 %).

« Face à cette réalité, nous souhaitons offrir une solution innovante pour aider les parents solos à se reloger et à rétablir un équilibre dans leur vie. Avec notre solution de coliving dédiée aux familles monoparentales, nous proposons une approche novatrice en créant des espaces de vie et des services conçus spécifiquement pour répondre aux besoins des parents et de leurs enfants. En collaborant étroitement avec des designers, des architectes et des sociologues spécialisés dans les nouvelles structures familiales, nous nous efforçons de proposer une solution clé en main qui permet des économies substantielles tout en créant un réseau de soutien et d’entraide pour les parents solos », nous confie Tara Heuzé-Sarmini.

Le choix de Poissy, pour implanter la première résidence, s’est fait assez logiquement : située à seulement 20 minutes en train du centre de Paris, cette ville offre un accès facile à la capitale et un cadre de vie très paisible. « Ce choix s’inscrit également dans notre volonté de nous implanter dans des zones où la demande de logements abordables et adaptés aux familles monoparentales est particulièrement élevée. Enfin, nous avons eu un coup de cœur pour le bâtiment avec ses généreux espaces extérieurs et sa localisation dans une artère très vivante du centre-ville », explique la CEO.

Des masterclass et permanences juridiques pour faire face aux défis de la parentalité solo

La démarche de Commune s’inscrit dans une volonté de trouver des solutions pour accompagner les familles concernées. « Nous savons à quel point une séparation peut être difficile et instaurer une instabilité au sein du foyer, que cela soit pour le parent solo ou pour les enfants. Dans ces situations, la question du logement ou du relogement est la plus complexe, en particulier dans les grandes villes où le marché immobilier est très tendu. Comment se maintenir au domicile quand il n’y a plus qu’une seule source de revenus, ou comment trouver un nouveau lieu de vie lorsque l’on a un ou plusieurs enfants à charge et un seul salaire à présenter ? La plupart du temps, les solutions trouvées ne sont pas optimales et les familles monoparentales se retrouvent en situation de surpeuplement dans des logements inadaptés où le parent est bien souvent contraint de dormir sur un canapé », explique Tara Heuzé-Sarmini. Outre la suroccupation des logements, dont nous avons parlé, les parents doivent souvent se résoudre à “bricoler” pour se loger en Île-de-France après une séparation, un deuil, ou quand arrive un enfant. Certains parents cohabitent tant bien que mal (dans le cas par exemple où le bien familial, dont la vente conditionne les relogements se laisse désirer), certains parents conservent le domicile familial pour les enfants et se partagent un studio une semaine sur deux (très onéreux), d’autres retournent même vivre chez leurs parents… « des situations que détestent les juges aux affaires familiales », souligne Sophia Binet, avocate en droit de la famille au barreau de Paris.

« Dans le cas des familles concernées par une séparation (qui forment la grande majorité des cas), les parents solos sont encore souvent des femmes. Outre l’aspect psychologique, de l’acceptation, on a la problématique du logement qui est souvent le principal problème qu’elles doivent affronter, elles qui restent moins bien payées que les hommes, surtout en région parisienne. On essaie souvent de proposer des solutions à nos clients pour simplifier les choses : par exemple, que l’ex-époux se porte cotitulaire d’un bail au nom de madame, ou se porte caution », souligne l’avocate. Dans ce contexte-là, certaines situations de vie en communauté, comme la collocation peuvent être tentantes. L’association Fraveillance propose depuis 2015 de mettre en contact des familles monoparentales pour louer ensemble de plus vastes logements et mutualiser les ressources… Un choix qui n’est pas sans risque selon Sophia Binet : « les collocations de familles parentales permettent de partager les frais, de se serrer les coudes… mais dans certaines familles cela peut avoir un effet indésirable : le deuxième parent peut faire valoir cela pour faire baisser sa pension alimentaire. De même, comme le “tiers de confiance” n’existe pas vraiment dans le droit français, le deuxième parent est en droit d’exiger par mandat de valider qui sera le colocataire, qui ira chercher son enfant à l’école, qui fera l’aide au devoir ou du baby-sitting… ce peut être un élément délétère », argumente-t-elle.

Même si elle n’a pas de “recul” et sait par expérience qu’un second parent vindicatif trouvera toujours la petite bête, l’avocate est très enthousiaste à l’idée que cette résidence voit le jour :« sur le papier, elle peut permettre à un parent de faire valoir son dossier pour la résidence principale, face à un juge qui penchera toujours pour l’intérêt supérieur de l’enfant. L’initiative propose en effet un espace privé bien délimité, et une myriade de propositions qui forment un cadre de vie privilégié », souligne-t-elle. Voilà pourquoi Commune propose aussi à ses locataires de bénéficier d’une véritable assistance juridique avec une fois par mois une masterclass de deux heures offerte par un juriste spécialisé dans le droit de la famille. La start-up s’engage également à mettre à disposition de ceux et celles qu’elle nomme les “colivers” un répertoire de professionnels du droit avec des tarifs négociés. Une aide qui ne sera sans doute pas de trop pour les parents, souvent touchés par des procédures de divorce ou des négociations de droits de garde compliqués. Après Poissy, une nouvelle résidence devrait ouvrir dans les Hauts-de-France début 2024 et – comme la monoparentalité ne connaît pas la crise – aspirent à ouvrir jusqu’à 500 résidences d’ici les dix prochaines années !

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