À bord avec Raoul du Gardier

Publié le 22/04/2022 - mis à jour le 22/04/2022 à 10H21

Cette toile montrant une approche du Stromboli a été adjugée 5 760 €.

Éric Caudron

Avec le peintre Raoul du Gardier (1871-1952), on embarque sur les navires et l’on sent le rythme de la houle, le frémissement de la coque fouettée par les vagues. En prêtant l’oreille, on perçoit même le sifflement du vent, mêlé au claquement des voiles battues par lui. Ce n’est pas pour rien que cet artiste a été nommé en 1923 « peintre officiel de la marine ». Le titre de peintre officiel de la marine, un corps fondé en 1830, est, en quelque sorte, une sorte de maréchalat pour un artiste. Gardier, élève notamment de Gustave Moreau, exposa au Salon des artistes français à partir de 1893, remportant des distinctions ; il ne connut réellement ses premiers succès commerciaux que vers 1920. C’est sans doute grâce à son frère Pierre-Charles, nommé consul général de France à Suez puis à l’Île Maurice, que Raoul entama des séries de voyages en Égypte et dans l’Océan Indien et dans toutes les régions du Moyen-Orient, faisant de lui un peintre voyageur. Il avait pourtant déjà pratiqué la mer lors de fréquentes traversées de la Méditerranée pour retrouver sa famille en Algérie, où elle possédait des vignobles. Ses séjours dans les pays chauds convenaient à la maladie pulmonaire qui l’affligeait.

L’un de ses tableaux maritimes, Sur le pont en vue du Stromboli, a été adjugé 5 760 €, à Drouot, le 25 février dernier par la maison Éric Caudron. Un autre tableau sur le même sujet avec quelques variantes et peint sur toile, Bateau en vue du Stromboli a été présenté à la vente le 1er octobre 2021 par la même maison de ventes, avec une estimation de 1 500/2 500 €. La composition de ces deux vues, ne montrant qu’une faible partie du navire occupant la partie gauche de la scène, laissant la plus grande visibilité du paysage à tribord, est l’une des caractéristiques utilisées par Raoul du Gardier. Celles-ci donnent l’illusion de la navigation et d’être à bord. Le peintre a repris cet arrangement dans une autre toile mais regardant le bâtiment à tribord : À l’heure du soleil couchant (océan Indien). Cette dernière a été présentée à la vente en mars 2020 avec une estimation de 3/5 000 €. Autant les couleurs de cette dernière sont violacées, autant celles face au Stromboli sont plus vives, aux nuances bleu et vert.

Nous apercevons sur le pont supérieur des militaires coiffés d’une chéchia. Ce sont curieusement les mêmes qui apparaissent dans le tableau du soleil couchant en Océan Indien. Des fumerolles s’échappent discrètement des pentes du Stromboli. En éruption permanente depuis 3 000 ans, il constituait un repère pour les navigateurs de l’Antiquité. Il offre aujourd’hui un spectacle presque tranquille à tous les passagers qui ont le loisir de se pencher sur les rambardes des passavants.

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