À la cour du Prince Genji au Musée Guimet

Publié le 28/12/2023

Jusqu’au 25 mars 2024, découvrez le faste du Japon impérial de l’époque de Heian avec le célèbre ouvrage Le Dit du Genji de Murasaki Shikibu.

Murasaki Shikibu, Cent poètes célèbres du Japon, manuscrit illustré, milieu du XIXe siècle (détail) Paris, Musée Guimet

RMN-Grand Palais (Musée Guimet, Paris) / Thierry Ollivier

Quid du Genji ?

Murasaki Shikibu est une femme qui a écrit au XIe siècle et son Dit du Genji fut le premier roman de l’histoire. Un ouvrage qui raconte les intrigues amoureuses du prince impérial, Hikaru Genji, dans le raffinement de la cour du Japon. Une époque de paix et de créativité où les femmes acquièrent une certaine liberté.

Le Dit du genji est-il si connu ?

Il ne l’est peut-être pas par nous autres Français, mais ce roman féminin est devenu mythique pour tous les Japonais et les Japonaises depuis sa parution. Dès sa sortie, il y a 1 000 ans, il inspire les créateurs japonais et continue encore aujourd’hui de fasciner avec les mangaka contemporains.

Les femmes aristocrates de l’époque de Heian sont tenues à l’écart de la vie politique et sociale. Mais relativement libres de leur temps, leurs vies sont comblées par les arts, l’étude, la religion, les intrigues de cour et les relations galantes. Ne participant pas directement à la vie politique, elles sont des observatrices de la vie à la cour. Mais affranchies du modèle chinois, les femmes de l’époque vont produire des œuvres mêlant waka et prose, sous forme de journaux ou d’histoires racontées. Texte le plus célèbre est ainsi le Dit du Genji (Genji monogatari) de Murasaki Shikibu, aujourd’hui considéré comme l’œuvre la plus représentative de la littérature classique japonaise.

À travers une évocation subtile de tous les raffinements de la cour impériale, le Dit du Genji ouvre la voie à une exceptionnelle créativité picturale et suscite une iconographie extrêmement riche, qu’attestent laques, estampes, tissus, kimonos, sculptures, peintures et objets précieux. Marie-Antoinette elle-même collectionnait des boîtes en laque représentant des scènes du Genji…

Comment dater l’ouvrage ?

Rédigé à l’époque de Heian (794- 1185), il témoigne de la sophistication de la cour impériale alors à son apogée et de l’avènement d’une culture spécifiquement japonaise. Cette période est marquée par des bouleversements politiques comme le déplacement de la capitale de Nara à Heian-kyo (future Kyoto) et l’influence grandissante de la famille Fujiwara dans les affaires de l’empire. Elle est également celle de l’essor du bouddhisme au Japon. L’écriture évolue grâce à la réforme de l’éducation et à une simplification des kanjis. Ces idéogrammes, hérités de la Chine, restent l’apanage des lettrés japonais mais vont être transformés en hiragana, une écriture cursive adaptée à la langue japonaise, appelée à l’origine onnade (main de femme). Grâce à cet accès plus aisé à l’écriture, la littérature féminine japonaise va prendre un essor considérable. Dans le Dit du Genji, Murasaki Shikibu s’inspire de la vie de la cour, des hommes et des femmes, dans leurs complexités et leurs évolutions, sociales et psychologiques. Surtout, elle met en scène des individus soucieux de leur salut au moment où le bouddhisme s’ancre dans les mœurs et rencontre les croyances locales. C’est ainsi que cette œuvre devient le creuset d’une nouvelle identité japonaise et une source d’inspiration pour tous les artistes d’hier et d’aujourd’hui.

Quelle histoire dans ce journal-recueil de poèmes ?

Le roman narre la vie et les intrigues amoureuses du prince impérial, Hikaru Genji, qui ne peut prétendre au trône. Le texte séduit par son intrigue, riche en rebondissements, par les attraits du personnage principal et des centaines d’autres qui y apparaissent. Le sens aigu de l’observation dont fait preuve Murasaki Shikibu, mêlé de profondes réflexions sur l’amour et le sentiment éphémère des choses que l’on retrouve tout au long de l’œuvre, étayé par la profonde érudition de l’autrice sur la culture et l’histoire de la Chine et du Japon, n’ont cessé de séduire les lecteurs au cours des siècles.

Le genji apparaît comme une sorte de Don Juan Japonais ; néanmoins, celui-ci n’abandonne pas ses conquêtes et les fréquente toutes en même temps dans le contexte de société polygame de cette époque.

Et l’exposition elle-même ?

La première partie de l’exposition invite le visiteur à se plonger dans le Japon ancien, à travers l’évocation d’une architecture traditionnelle. Le visiteur y explore l’époque Heian (794-1185) et son art de cour.

La seconde partie de l’exposition est consacrée à Itarô Yamaguchi (1901-2007), maître tisserand du quartier de Nishijin à Kyoto, qui a tissé et donné au musée Guimet quatre formidables rouleaux illustrant le Dit du Genji, représentant l’aboutissement d’une vie consacrée au tissage. Réalisés d’après des rouleaux peints de l’époque Heian, et par hybridation avec la haute technicité occidentale de la mécanique Jacquard et son avatar numérique, les quatre rouleaux sont montrés pour la première fois ensemble et déroulés dans leur intégralité.

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