À la recherche des œuvres disparues de Giacometti

Publié le 11/06/2020 - mis à jour le 24/07/2020 à 11H42

Composition

Fondation Giacometti, Paris

La réouverture des petits musées avec toutes les précautions sanitaires en vigueur est effective depuis quelques jours. C’est ainsi qu’il est possible de visiter l’exposition inédite de l’Institut Giacometti. Elle est consacrée aux recherches effectuées pour retrouver des œuvres disparues du sculpteur et en reconstituer quelques-unes, à partir des nombreux carnets de croquis qu’il laissés ainsi que d’autres documents.

Un magnifique hôtel particulier Art Déco de 350 m2, classé, situé dans le quartier Montparnasse où a vécu le sculpteur, abrite l’Institut fondé en 2018. Au rez-de-chaussée, l’atelier où l’artiste a vécu et travaillé de 1927 à sa mort en 1966 est reconstitué à l’identique, avec meubles et outils de travail. Un lieu peu confortable qui nous rapproche de l’artiste et où sont présentés 70 sculptures et plâtres. Lumineuses, les pièces relativement petites accueillent actuellement, par sécurité, trois visiteurs.

Cette exposition résulte des recherches entreprises pour retrouver les œuvres perdues ou détruites par Alberto Giacometti, entre 1920 et 1935. Certaines cependant avaient été conservées par le créateur, mais il ne les a jamais montrées.

Très tôt, l’artiste a peint, sculpté, dessiné ; intéressé par les artistes anciens, il a voyagé à Venise et à Rome. C’est en 1922 qu’il s’installe à Paris, où durant 3 ans, il suit les cours d’Antoine Bourdelle à la Grande Chaumière. Sa personnalité perce déjà. C’est ainsi qu’il ne veut pas refléter exactement le modèle car, selon lui, on ne peut rendre « l’ensemble d’une figure ». De cette période demeure un autoportrait en plâtre, où transparaît l’inspiration classique. D’autres œuvres de cette époque de jeunesse ont été détruites par l’artiste. Rapidement, il va réaliser une création très personnelle, proche du cubisme. Il géométrise la forme et seul le visage demeure visible. Il s’inspire peu après du surréalisme.

Comme la plupart des artistes, Giacometti doute de son art, il se remet en question et la destruction des œuvres, dont il n’était pas satisfait, en témoigne. Fort heureusement, les carnets de croquis et de notes, les photographies et les lettres à sa famille ont permis les quelques reconstitutions. Elles sont exposées avec des sculptures de la même époque. Jamais pleinement satisfait, Giacometti travaille, recherche ; son premier succès arrive en 1929, lorsque le directeur du musée d’ethnographie du Trocadéro lui commande un bas-relief. L’artiste réalise une œuvre symbolisant un couple ardent, en des rythmes abstraits révélateurs de son invention créatrice ; l’œuvre a malheureusement été perdue. À la fin des années 1920, il réalise des compositions schématiques, des corps filiformes, où bras et jambes apparaissent déjà étirés. Quelques années plus tard, il exécute en 1932-1933 Mannequin, une œuvre perdue et reconstituée. Seuls bras et jambes sont d’origine ; la sculpture est présentée en regard de La Femme qui marche, filiforme, au corps dénué de tête, réalisée à la même période. Le sculpteur est alors proche du surréalisme.

Quarante-huit œuvres ont disparu, dont beaucoup d’entre elles demeuraient inconnues. Elles revivent grâce à trois reconstitutions et divers documents. Parmi elles, Oiseau silencieux, où se retrouve l’esprit créateur de l’artiste. La renaissance de ces sculptures perdues ou oubliées a demandé deux années de recherche. Artiste majeur, Giacometti a renouvelé l’art sculptural.

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Référence : LPA 11 Juin. 2020, n° 154h0, p.27

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