À l’ombre des jeunes filles en fleurs

Publié le 22/09/2017

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Vous est-il déjà arrivé de lire un livre sur la seule bonne foi du nom de l’auteur ? Cet auteur vous le connaissez, vous l’admirez et vous savez qu’il peut vous emmener n’importe où, avec n’importe qui.

C’est un peu ce que nous nous sommes dit en ouvrant les premières pages du dernier livre de Dominique Bona, Colette et les siennes

Colette évoquait plus pour nous des écrits sur une femme-enfant, ou sur la passion dévorante à un âge plus avancé. Un auteur peut-être un peu trop tombé dans l’oubli ou réservé à des jeunes filles en fleurs qui découvrent les affres de la passion.

Le pari de Dominique Bona est de nous raconter cette femme, le destin de cette provinciale montée à Paris, mariée trop jeune à un homme qui découvrira le premier ses talents d’écriture mais qui en tirera tous les profits… Une femme libre qui goûtait à tous les plaisirs. Une femme, une amie aussi.

Le livre commence en août 1914, à la déclaration de guerre. Colette a alors 41 ans et a déjà eu plusieurs vies. Son second mari, Henry de Jouvenel, est mobilisé dès les premières heures, elle va se retrouver seule à Paris, sa fille ayant été éloignée, dans son grand chalet du XVIe arrondissement ; comment va-t-elle vivre, elle qui déteste tant la solitude ?

« La solitude effraie Colette bien plus que la misère, qui a au moins le mérite de pouvoir être partagée. Aussi l’amitié tient-elle une grande place dans la vie de cette amoureuse ».

Dominique Bona dresse le portrait de cette femme, tisse les liens entre ses amies et surtout nous raconte une époque qui a tant transformé la vie des Françaises…

Car si Colette est restée vivre à Paris alors que la ville se vide, c’est pour y gagner sa vie, et y exercer son métier de journaliste. Heureusement, elle ne sera pas seule durant ces longs mois, nous allons découvrir quatre personnages de femmes, toutes de très proches amies qui ont marqué de leurs empreintes et de leur liberté de mœurs la société de cette époque.

C’est en toute sobriété et dans un style élégant que Dominique Bona nous invite à pénétrer dans l’intimité de ses femmes libres, amoureuses : Colette, Annie de Pène, Marguerite Moreno et Musidora.

Ces quatre femmes ont trouvé dans cette période de privation où les hommes sont absents des foyers un moyen de s’affranchir des règles de la société et de se libérer par leurs écrits, leurs carrières ou le cinéma.

Annie de Pène, grand reporter qui dans les tranchées fut une des rares femmes à rendre compte de l’horreur de la guerre, elle partageait la même passion pour le journalisme que Colette et leur amitié leur donnait le sentiment d’être « presque sœur ».

Musidora, la plus jeune dans ce « phalanstère », sera une véritable héroïne, star du cinéma muet, cascadeuse intrépide, première femme vampire qui deviendra la première Vamp du cinéma…

Enfin, Marguerite Moreno, qui est alors une des actrices les plus connues au théâtre, peut-être juste derrière Sarah Bernhardt est « la poésie même », selon les mots de Dominique Bona, elle ne sait pas faire grand-chose de concret mais participe aux tâches ménagères du chalet en marquant de sa voix de mezzo si mélodieuse, les silences des nuits parisiennes.

La nuit, les zeppelins envahissent le ciel comme autant de menaces et d’espoirs dans cette interminable guerre.

Ces trois beautés brunes, du même âge pour trois d’entre elles, font partie de ces marginaux qui vivent de leur art, elles ont été mariées, divorcées puis remariées, portent les cheveux courts, très courts, la coupe à la garçonne n’est pas encore à la mode et osent dans l’intimité porter des pantalons…

C’est cette joyeuse bande que Dominique Bona nous offre en les suivant d’abord dans Paris puis sur le front, avec les hommes ou sans les hommes, entre femmes ou « pour les femmes »…

Des destins croisés qui après ces pages ne nous laisseront plus jamais dire que Colette est un auteur pour jeune fille en fleurs.

LPA 22 Sep. 2017, n° 129v7, p.21

Référence : LPA 22 Sep. 2017, n° 129v7, p.21

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