Achille règne à Nîmes

Publié le 21/05/2024

Cuve de sarcophage : Achille à Skyros

RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / René-Gabriel Ojeda

Comment illustrer les adieux d’Hector à Andromaque, partant pour le funeste combat contre Achille, durant la guerre de Troie ? Il y a mille et une manières, d’autant que cette scène a été maintes fois racontée : « Démon, ton ardeur te perdra ! Tu n’as pitié ni de ton jeune enfant, ni de moi, infortunée, qui bientôt serait veuve de toi. Car bientôt, ils te tueront… » La complainte d’Andromaque est un résumé de cette guerre de Troie qui a bien eu lieu, n’en déplaise à Giraudoux qui a si bien décrit la bêtise des hommes et le cynisme des politiciens. Pour l’illustration, nous avons vu passer un Éventail, daté du début du XIXe siècle qui a été adjugé 155 €, à Drouot, le 27 février 2024 par la maison Coutau-Bégarie assistée par Georgina Letourmy-Bordier. Sur la feuille, en soie gravée, les vêtements, comme le char, sont embellis de paillettes dorées. Le revers est en peau et la monture est en corne imitant l’écaille blonde, repercée et gravée de fleurs. L’Illiade a été et est encore la source infinie d’œuvres graphiques depuis la nuit des temps. La guerre de Troie, elle-même, est un sujet de roman dans cette épopée d’Homère.

Elle révèle quelques surprises, comme la découverte à Nîmes d’une mosaïque monumentale de plus de 30 m2 représentant l’épisode d’Achille à Skyros. Après sa restauration, cette mosaïque est devenue le point d’appui d’une exposition sur le thème d’Achille et la Guerre de Troie, présentée par le musée de la Romanité à Nîmes. Si la mosaïque est impossible à transporter, elle a été restituée dans son état d’origine au moyen d’une projection numérique. C’est ainsi que le visiteur suit le héros dans le monde de la mythologie grecque. Depuis l’enlèvement d’Hélène, l’épouse du roi de Sparte, par Pâris, en passant par la mort d’Hector, tué par Achille, et aussi par le jugement de Pâris et la pomme de la discorde, jusqu’à la mort d’Achille, tué par Apollon.

À propos du « jugement », le musée de la Romanité a réussi à faire venir du musée de Picardie d’Amiens un médaillon de tunique copte daté du Ve-VIe siècle. À Drouot, la maison Oger-Blanchet a adjugé 2 700 € une plaque en cuivre émaillée polychrome, inspirée par ce mythe, exécutée en 1945 par Léon Jouhaud (1874-1950). Mais l’événement principal sur lequel repose l’exposition est le séjour d’Achille à Skyros. Selon la prédiction de Calchas, seule la participation d’Achille à la guerre de Troie conduira les Grecs à la victoire mais sera cause de sa mort. Sa mère, Thétis, pour tenter de contourner ce destin, l’envoya à la cour du roi Lycomède à Skiros, dissimulé parmi ses filles, sous le nom de Pyrrha (la rousse). De son union avec l’une d’elles, Déidamie, naîtra son fils Néopotolème (Pyrrhus). Ulysse parvint à le retrouver et, grâce à une ruse devenue célèbre, le contraint à reprendre les armes. Venu du Louvre, un extraordinaire sarcophage en marbre daté du IIIe siècle raconte cette scène. Achille, tué par une flèche tirée par Apollon dans son talon, ne connaîtra pas la prise de Troie ; mais, aujourd’hui encore, cette victoire inspire nombre d’artistes.

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