Afrique : les religions de l’extase

Publié le 07/08/2018

WEG J. Watts

Lorsque l’on visite une exposition sur les arts africains l’on est souvent dérouté par les effigies des dieux et des ancêtres qui nous demeurent mystérieuses. La fort complète exposition du Musée d’ethnographie de Genève donne des clés pour tenter de mieux comprendre ces religions, leur richesse à travers 300 pièces issues de ses collections auxquelles s’ajoutent les travaux de photographes et d’un vidéaste qui apportent des témoignages vivants.

Le parcours se développe en 4 sections depuis les monothéismes présents depuis des siècles dans le continent en passant par la divination, le culte des ancêtres et des esprits, les transes et enfin l’univers magico-religieux. Dès l’entrée, le visiteur éprouve une impression d’étrange dans une atmosphère où se côtoient mysticisme, sacré, magie, ferveur et parfois l’idée de mort. Omniprésentes en Afrique depuis toujours, les religions avec leurs différences sont encore très pratiquées, y compris par la jeunesse, dans une recherche d’extase, d’exaltation parfois. Deux photographies de jeunes femmes ouvrent l’exposition, l’une vêtue de blanc, voilée porte une tablette coranique et dessine de la main le geste de bénédiction chrétien. L’autre, en noir, présente une Bible tandis que sa main forme le nom d’Allah. Déroutantes. Au premier abord on pense à des religieuses ; elles sont habitées de sérénité.

Les trois religions du Livre sont présentes à partir du IIe siècle ; des pères de l’Église, berbères, Saint-Augustin parmi d’autres évangélisent l’Égypte, l’Éthiopie. L’influence chrétienne s’impose davantage encore durant la colonisation. Le judaïsme et l’islamisme sont également présents. Des vitrines rassemblent des objets liés à ces religions, une statuette catholique voisine avec un talisman sacré, c’est aussi une belle « main de suspension » en alliage cuivreux d’art juif et encore un fort beau manuscrit coranique.

Retrouver les ancêtres est une préoccupation essentielle en Afrique où la mort tient une grande place ; leur culte demeure très vivant car ils apparaissent souvent comme des protecteurs. Parmi les objets de culte un reliquaire du Gabon en bois, cuivre, laiton ou des pagnes en soie utilisés dans la divination. Ce sont aussi d’impressionnants masques Zangbétö (chasseurs nocturnes) du Bénin, des objets d’offrande, ou encore des figurines d’esprit, les « Bochios » gardiens des maisons ou ceinture de fécondité. Le visiteur est plongé dans un univers fascinant, d’une forte vitalité, témoin de ferveur, de divination qui permet d’être en lien avec l’au-delà. À découvrir encore une fort belle boîte-reliquaire contenant des fragments d’os humains ou une sculpture en bois, écorce, rotin et os à forme humaine parmi bien d’autres objets. Le culte du Vaudou est bien sûr représenté.

La 3e section évoque les univers magico-religieux de possession qui imprègnent la vie dans son quotidien. Le culte s’exerce à travers des masques, parfois anti-sorciers ; ils incarnent une force protectrice. Ici, le côté magie tient une grande place. La sorcellerie est tout aussi importante, elle permet la fabrication de charmes contre les intentions mauvaises. Certains objets-force, les « Minkisi » possèdent des substances magiques. Dans les vitrines un foisonnement d’amulettes, de talismans, d’objets concrétisent ces croyances tels les « Bâtons de la rage », symboles d’autorité qui sont de véritables œuvres d’art.

Ces cultes d’Afrique se situent souvent entre magie et religion, c’est le dernier volet de l’exposition révélatrice de la complexité de ces rites. Les masques sacrés y tiennent une place importante. Ils sont un moyen de défense car ils incarnent un esprit. Leur puissance est extrême et peut provoquer des transes tant l’émotion est intense.

Cette exposition permet de mesurer l’importance des religions, des rites en Afrique, ce dont on ne se rend pas toujours compte. De très vivantes photographies en couleurs permettent de saisir d’une manière plus concrète, l’exaltation, la ferveur parfois frénétique de ces peuples fidèles à leurs croyances.

LPA 07 Août. 2018, n° 138j1, p.16

Référence : LPA 07 Août. 2018, n° 138j1, p.16

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