Aiguière du major des gardes du corps

Publié le 03/10/2022 - mis à jour le 03/10/2022 à 10H49

Cette aiguière, rescapée des fontes ordonnées en 1689 et 1703 par Louis XIV, est estimée 50/60 000 €

Ader

« Brissac, major des gardes du corps, qui n’était ni ne se prétendait rien moins que des Cossé, mais un fort simple gentilhomme tout au plus, se retira dans ce temps-ci de la cour chez lui à la campagne, où il mourut bientôt après d’ennui et de vieillesse à plus de quatre-vingts ans », écrivait Saint-Simon à propos d’Albert Grillet de Brissac. Lieutenant-Général des armées de Louis XIV, il avait la confiance de son souverain, et selon Saint-Simon, il avait : « une manière de sanglier qui faisait trembler les quatre compagnies des gardes du corps ». En réalité, l’homme était droit et fidèle. Il obtint la charge de major des gardes du corps après avoir été remarqué par Louis XIV, au siège de Maastricht. Sans doute aurions-nous oublié ce captivant personnage s’il n’avait, pour une fois, désobéi au roi.

Une aiguière en argent fondu ciselé, au poinçon du maître orfèvre, Charles Petit, reçu en 1658, sera mis en vente à Drouot, le 13 octobre 2022 par la maison Ader, avec une estimation de 50/60 000 €. Son couvercle est gravé aux armes de la famille Grillet de Brissac timbrée d’une couronne de marquis, « De gueules à la face ondée d’or, accompagnée en chef d’un lion léopardé d’argent, et en pointe de trois besans du même posés 2 et 1 ». Ces armoiries indiquent que cette pièce d’argenterie a appartenu à Albert Grillet de Brissac.

On peut considérer que cette aiguière est une rescapée. À l’époque, en effet, l’argenterie était considérée comme une réserve monétaire. Ainsi, en 1689 et en 1709, Louis XIV ordonna, pour financer les dépenses de la guerre de la Ligue d’Augsbourg, puis de celle de la succession d’Espagne, la fonte des pièces d’argenterie. À la suite de cette collecte, on pensa que toute l’argenterie française avait disparu, à l’exception de quelques rares pièces sauvées de cette destruction massive par des oublis volontaires ou non. Monsieur le lieutenant-général des armées du roi aurait-il oublié cette aiguière dans un placard pour notre plus grand bonheur ?

Si l’on donne quitus à ce grand serviteur du royaume, nous serions enclins à être moins indulgents pour les ecclésiastiques. Il semblerait en effet qu’ils furent nombreux à renâcler pour livrer leurs plats. La découverte fortuite, par l’archiviste Patrick Laharie de 900 déclarations de poinçons inédites, conservées parmi les minutes des notaires de l’étude CVX du Minutier central, conduisit Michèle Bimbenet-Privat, conservateur en chef aux Archives nationales, à étudier cette orfèvrerie parisienne du XVIIe siècle. Elle a répertorié 194 pièces d’orfèvrerie encore conservées qui ont pu être identifiées, provenant des collections publiques ou privées, françaises ou étrangères. Si l’on peine aujourd’hui à mesurer l’importance de l’orfèvrerie parisienne au sein des arts du Grand siècle, la découverte de cette aiguière est pleine de promesses.

Ader, 3 rue Favart, 75002 Paris

Les orfèvres et l’orfèvrerie de Paris au XVIIe siècle, Michèle Bimbenet-Privat, Association Paris-Musées, 2002.

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