Albert Edelfelt, Lumières de Finlande

Publié le 12/07/2022 - mis à jour le 12/07/2022 à 10H11

Petit Palais

Peu connue en France jusqu’aux expositions organisées ces dernières années au Petit Palais, la peinture nordique possède un charme certain et, avant tout, une lumière à la limpidité particulière. Albert Edelfelt la rend très sensible dans son œuvre figurant actuellement sur les cimaises du musée.

Figure emblématique et chef de file des artistes de son pays à la fin du XIXe siècle, il s’est rapidement intéressé à l’art de l’Europe et à la peinture française en particulier. Son rôle fut essentiel dans l’évolution de la création artistique dans son pays où il a, entre autres, introduit la peinture sur le motif pratiquée par les Impressionnistes notamment. Fils d’un architecte d’origine suédoise, Albert Edelfelt commence ses études artistiques à Helsinki puis, grâce à une bourse, étudie un an à Anvers avant de s’installer à Paris en 1874. Il intègre l’École des Beaux-Arts dans l’atelier du peintre académique Jean-Léon Gérôme. La peinture française qu’il découvre alors, celle de Jules Bastien-Lepage mais plus encore peut-être celle des Impressionnistes alors en plein essor, l’intéressent vivement. S’il aime la vie parisienne, il revient régulièrement dans la maison de famille à Haikko.

Les quelques cent œuvres exposées offrent un panorama complet de sa création aux thèmes variés : histoire, paysage, vie rurale, scènes quotidiennes à Paris ou en Finlande, portrait ; celui de Louis Pasteur, d’inspiration classique, peint en clair-obscur obtient tous les suffrages. Il exécute aussi quelques sujets historiques, dont certains d’une grande force. Très vite, il est attiré par une peinture plus proche de la nature et va travailler sur le motif. Il saisit ainsi la limpidité de la lumière finlandaise, l’atmosphère d’une rivière calme sur laquelle vogue une barque (Le Convoi d’un enfant).

Service divin au bord de la mer, Enfants au bord de l’eau, d’autres œuvres encore révèlent l’intérêt du peintre pour les images de son pays. Edelfelt transmet les moindres détails avec vérité dans une écriture personnelle qui traduit son émotion devant ces lieux, le jour ou au couchant sur les collines de Kaukola où une eau paisible, dorée par le soleil déclinant, reflète la masse sombre des forêts.

À Paris, il observe les jeux des enfants dans les parcs : Au jardin du Luxembourg, Au parc de Saint-Cloud, qu’il évoque avec une grand naturel dans une atmosphère ensoleillée. Il se dégage de ces œuvres vérité, fraîcheur, sensibilité. Mais les portraits constituent une partie importante de sa création. Fin observateur, il saisit le caractère, la vérité du modèle ; il est alors très apprécié des politiques et intellectuels, autant que des familles princières ou impériales, celle de Russie notamment. L’artiste peint les personnages avec finesse, naturel, et excelle à rendre le chatoiement des vêtements sous la lumière. C’est ainsi le charme émanant de la délicate Parisienne lisant, tout en harmonie de rose fragile ; la jeune femme semble interroger le spectateur. À l’opposé de ces sujets élégants, Edelfelt réalise avec la même ferveur, en une peinture réaliste, la vie rurale et marine en Finlande dans des scènes prises sur le vif. Les paysans sont évoqués dans leur vérité, parfois endimanchés pour participer à une cérémonie ou une fête. On devine l’artiste touché par ces êtres simples, attachés à leur terre. Il a réalisé encore de nombreuses variations sur le thème des bords de rivière et leur beauté singulière. Il évoque son pays, parfois dans de grandes compositions, où il affirme sa maîtrise de la lumière incisive de la Finlande qui découpe chaque élément et qu’il observe de Haikko, un lieu où il aime se ressourcer, retrouver le calme de la nature, sa beauté. L’une de ses dernières œuvres est justement sa villa entourée de verdure peinte en 1905, l’année de sa mort.

Parallèlement à la peinture, ce peintre s’est impliqué dans la vie politique de la Finlande dont l’indépendance était menacée par les Russes. Parfois empreinte de lyrisme, toujours sincère, cette œuvre chante la beauté des paysages finlandais tout autant que la vie découverte à Paris.

• Petit Palais, avenue Winston-Churchill, 75008 Paris

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