Another Story of Violence

Publié le 04/10/2018

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Il y a des livres qui racontent des histoires qui touchent par leur humanisme, leurs propos, leur bienveillance, qui font du bien et puis il y a des histoires sombres, douloureuses, difficiles à lire et qui laissent une drôle d’impression. Non pas qu’il s’agisse d’un mauvais livre mais on n’adhère pas aux propos, on n’y croit pas et pourtant on le lit d’une traite, espérant un moment de grâce, voire être surpris, étonné, et puis cela nous réveille la nuit… Espérant une lumière, un espoir tout simplement…

C’est un peu l’effet que pourra faire aux lecteurs le premier livre de Gabriel Tallent, My Absolute Darling, publié aux éditions Gallmeister.

Succès de librairie outre-Atlantique, encensé par les critiques, Stephen King déclare à son propos : « Le terme de chef-d’œuvre est bien trop galvaudé, mais il ne fait aucun doute que My Absolute Darling en est un » ; élu meilleur livre de l’année par la revue America, son rédacteur en chef, François Busnel le qualifiant de « roman le plus puissant que j’ai lu depuis des années », on ne pouvait passer à côté lorsqu’on aime la littérature américaine…

Turtle (Julia) Alveston, dite aussi Croquette, a 14 ans. Orpheline de mère, elle vit dans une ferme avec son père, dans un village situé sur la côte nord de la Californie. Elle est un peu sauvage par nature, Turtle, elle aime les longues balades dans les bois, se frayer un chemin jusqu’à l’océan, ses plages et ses îlots rocheux ; c’est une aventurière, qui n’a pas peur de la nature car elle la connaît très bien, cette nature est d’ailleurs bien moins sauvage que Martin, son père. C’est dans cet univers qu’elle grandit, entre un père cultivé mais tortionnaire, violent et incestueux, un grand-père aimant et alcoolique, des armes et une scolarité difficile. Entre ses allers-retours au collège il n’y a la place que pour les entraînements au tir ; mais sa vie va basculer le jour où elle croise le chemin de Jacob et Brett, deux lycéens indépendants et cultivés avec qui elle va se lier d’amitié. De cette amitié, Turtle puisera la force de se rebeller, mais à quel prix…

Ce roman est d’une intensité folle, on suit le parcours chaotique de cette adolescente, mutique mais passionnée dont l’instinct de survie est plus fort que tout.

À la lecture de ce roman, la faune et la flore de la Californie du Nord n’auront plus de secrets pour vous ! Qui savait avant de lire ce livre ce que sont les ronces parviflores ? Le jeune auteur a travaillé pendant 7 ans sur ce récit, tant il tenait à être précis…

Le style est direct, le langage cru, comme le quotidien de la jeune héroïne. Toutefois, les descriptions sont parfois trop alambiquées et nébuleuses, on se perd dans les détails : la scène où Jacob et Turtle sont fait prisonniers sur un îlot rocheux à cause de la marée est certes épique mais difficile à visualiser, trop de détails viennent parasiter l’histoire.

Le maniement des armes, leur nettoyage revient comme un leitmotiv entêtant dans lequel se perd le lecteur, et que dire des descriptions médicales, trop lourdes, qui n’apportent que peu au récit.

Il reste une histoire poignante, touchante, réaliste mais perturbante, où l’inceste et la violence sont le quotidien de cette enfant et dont le destin tragique sera transcendé par l’aide et le réconfort d’anonymes plus humains que son propre père !

À ne remettre dans les mains que de ceux qui ont foi dans le pouvoir de la résilience.

LPA 04 Oct. 2018, n° 139a7, p.16

Référence : LPA 04 Oct. 2018, n° 139a7, p.16

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