Antoine Villard, un indépendant au service de l’art

Publié le 29/01/2019

Le marché aux grains, Gafa, Sud tunisien, par Antoine Villard.

B. Mahuet

Si Paris a attiré au cours des siècles de nombreux artistes, les autres régions sont, elles aussi, riches de créateurs authentiques souvent méconnus. Antoine Villard, né à Mâcon en 1867, est de ceux-là. Le musée des Ursulines souhaite faire découvrir son œuvre, dans une exposition réunissant 116 peintures, dessins et photographies qui révèlent son intéressante personnalité.

D’emblée, ce peintre apparaît comme un remarquable paysagiste qui, très vite, se détache de l’impressionnisme et se montre attentif tant à la nature qu’à l’architecture. Mais on ne saurait oublier les autres thèmes qui l’ont inspiré : portrait à l’huile ou graphite et encre de Chine, exécutés en une grande force du trait, révélateur de la présence du modèle ainsi que des natures mortes. Ses œuvres impressionnent par leur vigueur, leur vérité loin de la copie, leur invention telle Le Chou, énorme, volontairement disproportionné par rapport aux autres éléments de la composition, et d’esprit surréaliste. Chez cet artiste, la palette souvent ardente vibre entre ombre et lumière.

Antoine Villard effectue des études d’architectures à l’école des Beaux-Arts de Lyon, puis il décide, en 1888, de s’installer à Paris, conscient que l’effervescence créative est là. Ses vues de la capitale entrent en résonnance avec ses études et témoignent de son attrait pour les bâtiments : la Maison en reconstruction ou une Vue de Montmartre, prise à travers la fenêtre de son atelier. La matière est nourrie, onctueuse, la touche appuyée et la gamme colorée délicate. L’artiste n’est pas insensible au cubisme, à sa géométrie, sa rigueur. On en retrouve une légère influence dans son rendu des Chemins de fer de ceinture, œuvres réalisées en ocre foncé réveillé par la neige.

Ce peintre s’intègre fort bien dans le milieu artistique parisien ; il sera l’un des premiers collectionneurs du Douanier Rousseau. Dans les années 1907-1908, il voyage en Bretagne, peinte en des tonalités assez sombres traduisant la beauté âpre de cette région. Il communique la force des roches à Belle-Île-en-Mer et photographie avec parfois un effet dramatique. Mais c’est à l’oasis de Gafsa, dans le sud tunisien, qu’il découvre la lumière. Il y est parti en 1912, grâce à une bourse de la société coloniale des artistes français. Ébloui par l’exubérance des couleurs, il réalise des paysages gorgés de soleil, lumineux, en des teintes blondes bien éloignées de ses œuvres précédentes. On le devine fasciné par les jardins, les arbres en fleurs, les chemins luxuriants ; il traduit l’atmosphère de l’oasis en une écriture libre et affirmée.

De retour à Paris, il se montre très actif et devient président du salon de l’art français et met en avant les jeunes artistes. Mais il n’oublie pas Mâcon et sa région, auxquels il demeure fort attaché. Dans les toiles qu’il peint alors, il expérimente la couleur qui apparaît aussi forte que l’architecture : toits, maisons sont toujours présents. L’influence cézanienne se lit dans ces tableaux structurés, et notamment dans les graphites et encre de Chine aux puissants contrastes dans lesquels il se révèle excellent dessinateur.

Les natures mortes et les intérieurs avec fenêtre ouverte s’avèrent aussi importants dans sa création. Antoine Villard aime l’expérimentation, la recherche et se montre intéressé par les objets les plus simples de la vie quotidienne qui, sous son pinceau, deviennent œuvres d’art. Cette exposition est réalisée avec la participation du musée de Cambrai qui présentera cette exposition de mai à septembre.

LPA 29 Jan. 2019, n° 141y9, p.16

Référence : LPA 29 Jan. 2019, n° 141y9, p.16

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