Antoni Gaudí : architecte visionnaire

Publié le 21/06/2022 - mis à jour le 22/06/2022 à 10H35

Antoni Gaudí, Jardinière tripode de section triangulaire, 1905, ciment incrusté d’un miroir circulaire et de fragments de verres polychromes, de faïence et de porcelaine.

RMN-Grand Palais (musée d’Orsay)/René-Gabriel Ojéda

Résumer la création d’Antoni Gaudí (1852-1926) n’est pas simple tant elle est immense, d’où l’intérêt qu’elle ne cesse de susciter, notamment pour le projet de La Sagrada Família à Barcelone, universellement reconnue comme une œuvre exceptionnelle.

Le nom de Gaudí est lié à Barcelone ; il y a passé toute sa vie. Il naît à Reus, en Catalogne, dans une famille modeste et part étudier l’architecture à « Barna », surnom de cette ville qu’il ne quittera plus. Diplômé en 1878, il travaille tout d’abord dans des bureaux d’architectes où il se perfectionne dans son métier. Sa chance est de rencontrer Joan Martorell i Montells, un architecte novateur qui le présente au marquis de Comillas et à Eusebi Güell, tous les deux fortunés et qui vont devenir ses clients.

Dense, variée, l’exposition qui lui est consacrée actuellement au musée d’Orsay aborde ses multiples créations dans différents domaines : constructions d’hôtels urbains, mobiliers, églises ou céramiques dans lesquelles se révèle sa modernité, visible déjà dans son projet de fin d’études : un amphithéâtre universitaire à l’aquarelle et gouache qui affirme son inventivité ; courbes et lignes droites sont parfaitement harmonisées, élégantes et empruntent à l’antique et au contemporain.

Dès l’entrée, le visiteur découvre le vestibule en chêne sculpté, réinstallé pour la première fois, issu de l’appartement de la Casa Milà, ainsi que des meubles Art Nouveau en bois clair. L’atelier constitue pour l’artiste le lieu privilégié de la création : celui de Gaudí est ici évoqué. Détruit par un incendie en 1936, demeurent des photographies. Gaudí affirme son art dans la décoration d’un bâtiment d’expositions d’une compagnie maritime avec des décors mozarabes. Le mobilier conçu par l’architecte ou par des créateurs de son entourage pour le Palais Güell attire l’attention, en particulier une coiffeuse en bois et laiton où le miroir, posé en biais, déstabilise le regard mais demeure en harmonie avec les divers éléments du meuble. Ce sont encore causeuses, chaises, ou vitrines, révélatrices de l’incessante création de l’artiste dans tous ces domaines. À découvrir également de grandes céramiques de plusieurs couleurs, une jardinière un peu extravagante et surchargée.

On va de découvertes en découvertes : Sacras, textes liturgiques en plâtre peint, une horloge un peu lourde en bois doré et laiton conçue par un architecte pour la Casa Milà… Armoires, grilles, boiseries, consoles et autres meubles animent l’exposition. Parmi les projets religieux, on retient un superbe vitrail représentant saint Paul Apôtre et saint Valérien martyre, tous deux expressifs et venus de la cathédrale de Majorque, réalisés en des couleurs puissantes.

Les nombreux projets indiquent le minutieux travail de préparation de Gaudí pour ses réalisations, comme ses dessins à l’encre et à l’aquarelle pour le projet de la façade de la Sagrada Família ; on découvre un somptueux chandelier à 6 branches en fer forgé, partiellement doré, issu de la crypte et une maquette des baies de la nef centrale.

Un tryptique d’Antoni Tàpies termine l’exposition : il célèbre ensemble Gaudí et Barcelone, inséparables, à travers la silhouette de la Sagrada Família, une colonne ionique et le portrait de l’architecte dans une attitude inspirée de la période romane.

• Musée d’Orsay, 1 rue de la Légion d’Honneur, 75007 Paris

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