Art onirique

Publié le 17/09/2018

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Romain Bernini

Il y a un côté exotique dans la peinture de Romain Bernini, un côté qui déroute car on ne sait pas exactement où l’on est. Ses paysages comme Grans Bwa IX ou Fritzcarroldo font penser au Douanier Rousseau, tandis que ses personnages, la plupart, sans visage, grimés ou revêtus d’un masque, nous reportent aux masques africains ou à ceux d’autres traditions. Ceci pour dire que Romain Bernini tente de retrouver ou de remonter aux origines de l’art moderne occidental, quand des artistes s’intéressaient aux arts de l’Afrique, de l’Océanie ou à ceux des Amérindiens. Toutefois, sa figuration est une façon d’inventer des paysages où la végétation forme des décors mystérieux.

L’intention de Romain Bernini, avec ses peintures, est de nous proposer un dialogue interculturel, comme le fut l’exposition de 1989, qui s’intitulait Magiciens de la Terre, au Centre Georges Pompidou et à la Grande Halle de la Villette. On y rencontrait en effet, pour la première fois, des artistes occidentaux et ceux de divers pays dont la pratique reliait les traditions ancestrales et la modernité.

Romain Bernini est né en 1979, et il semble avoir assimilé cette approche de la diversité des cultures pour y prendre place et les faire siennes. Dans son travail nous percevons également un dialogue entre le chamanisme et l’art contemporain ; un dialogue entre l’ordre et le désordre du monde actuel que nous observons au quotidien. C’est peut-être, pour lui, un moyen de retrouver la pensée archaïque.

Les paysages de Romain Bernini sont des visions oniriques, des représentations de lieux inexplorés, des lieux où l’on rechercherait la présence humaine sans être sûr de la trouver, tant l’errance dans le fouillis végétal ne semble pas la receler. Ses peintures font penser aux romans de science-fiction de Philip K. Dick, à des voyages intérieurs, à des vagabondages.

Mais il peint comme un explorateur, un chercheur à la recherche de choses étranges. De simples plantes vertes, que l’on trouve dans les appartements, deviennent des morceaux de jungles habitées par des esprits de la forêt, ces intermédiaires entre les humains et les dieux dont se sert le chamanisme. Il n’y a pas véritablement de narration, ce sont des énigmes avec des symboles qui renvoient à l’inconscient de peuples où la magie était, ou est encore, présente au quotidien. Ces peuples, proches de la nature, dont les forces et les secrets étaient, ou sont, craints mais contrôlés par des rites et des invocations.

Giacometti

L’Institut Giacometti a ouvert ses portes le 21 juin dernier. Au cœur de Montparnasse, ce lieu invite les visiteurs à découvrir les œuvres du sculpteur, mondialement connu, dans l’intimité d’un hôtel particulier Art déco. Au rez-de-chaussée a été installé son atelier, reconstitué à l’identique, tel qu’il était il y a plus de quarante ans.

La Fondation Giacometti a pour objectif de conserver, restaurer et prêter les œuvres du sculpteur pour des expositions dans le monde entier. Dans les étages on découvre une cinquantaine d’œuvres dont les dessins inédits du célèbre groupe des Femmes de Venise, la première version de La cage, le portrait de son ami Jean Genet ou les études pour illustrer sa pièce Le Balcon. Jean Genet livra les dessous de ses séances de pose dans le livre L’atelier de Giacometti.

LPA 17 Sep. 2018, n° 138p3, p.13

Référence : LPA 17 Sep. 2018, n° 138p3, p.13

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