Audubon prend son envol

Publié le 03/04/2024

Les Oiseaux d’Amérique par Audubon était affiché 1.2 M$

Librairies Clavreuil/Crouch

Grâce à un communiqué triomphant intitulé : « Audubon prend son vol à Tefaf Maastricht », les bibliophiles se sont précipités sur le stand conjoint des libraires Daniel Crouch et Stéphane Clavreuil. La nouvelle était d’importance pour ces amateurs, car Les Oiseaux d’Amérique, dont le titre exact et complet est The Birds of America, from Original Drawnings (Londres, published by the author, 1827-1838, 4 volumes « double-éléphant in folio »), comprend 435 planches gravées par Robert Havell junior, figurant 1 065 oiseaux individuels et représentant 489 espèces. C’est l’ouvrage ornithologique le plus grand – en taille – le plus cher – en prix d’adjudication – et le plus recherché. Cet exemplaire, présenté à la Tefaf Maastricht, était affiché 12,5 millions de dollars.

Sur les 200 exemplaires imprimés, il n’en subsisterait que 133 encore complets sur les 161 cités par la liste complète des souscripteurs, dont 82 aux États-Unis et 79 en Grande-Bretagne. Ces chiffres varient selon différents recensements. Avec l’apparition de celui-là, les statistiques vont encore être modifiées. Toujours est-il que « l’Audubon » abrégé de John James Audubon (1785-1851) est considéré comme l’un des plus beaux ouvrages consacrés aux oiseaux. D’aucuns préféreraient sans doute Les oiseaux de Buffon (P. Imprimerie Royale, 1770-1783, 9 vol.), comprenant 1 008 planches, dont 973 représentent 1 239 oiseaux dessinés, gravés et enluminés à la main par François Nicolas Martinet. Un exemplaire complet de toutes les planches, en quatre volumes, reliés en plein veau raciné d’époque, orné d’un triple filet doré d’encadrement, les dos ornés, avec pièces de titre de maroquin rouge, pièces de tomaison de maroquin vert. En queue, un tondo de maroquin vert sur lequel a été frappée une tour dorée pour, sans doute, Henri Jacques Marie Goüin (1758-1823), élu maire de Tours en 1795, a été adjugé 50 000 € à Montbazon par la maison Rouillac.

Il reste que la manière d’Audubon, qui dessinait comme les anciens naturalistes, représentait les oiseaux comme des objets inanimés, de profil, dans une attitude raide. « Je regardais si attentivement leurs gracieuses attitudes qu’une idée frappa mon esprit comme un trait de lumière, [l’idée que] rien, après tout ne satisferait mon désir enthousiaste de représenter la nature sinon de la copier comme elle est, vivante et en mouvement ! », notait-il. Audubon a ainsi été le premier artiste à peindre les oiseaux grandeur réelle et dans leur habitat naturel. Le sort de ces planches originales a été divers, d’autant qu’elles ont été cédées en 1863 par sa veuve, Lucy Audubon, à la « Société historique de New York ». Une seconde édition des « oiseaux d’Amérique », dans un format plus restreint, fut publiée à Philadelphie (1840-1844, 7 vol) avec 65 planches de plus que dans l’originale, puis à New York, en 1856.

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