Barbey, le commandeur normand

Publié le 12/06/2024

De Barbey d’Aurevilly, Le Chevalier des Touches, Lemerre, 1879, relié en maroquin citron pour l’auteur, adjugé 3 159 €

Giquello

« Je lisais à onze ans le Chevalier des Touches, et […] j’en sortais dans un état d’hypertension qui me faisait pousser des cris », a confié Jean de La Varende (1887-1959), à Hermann Quéru qui a retranscrit ce souvenir dans son ouvrage La Varende, l’ami (Coutances, éd. Notre-Dame, 1966). Quelques années auparavant, Anatole France, évoquant ce même roman, confia que ce livre lui donna le frisson. Si Jules Amédée Barbey d’Aurevilly (1808-1889) a laissé une quarantaine de titres comprenant des romans, des nouvelles, des recueils de poèmes et des mémoires, ce sont essentiellement un roman et une nouvelle qui ont franchi la barre de la renommée.

Le Chevalier des Touches parut pour la première fois en 1864 chez Michel Lévy frères. Un exemplaire de cette édition originale, relié par G. Gaucher, en demi-maroquin bleu, a été adjugé 855 €, à Drouot, le 15 mai 2024 par la maison Giquello, assistée par Dominique Courvoisier et Alexandre Maillard, lors de la dispersion de la bibliothèque Joël Dupont. Il n’en a pas été tiré de grand papier. Barbey s’était inspirée de la vie de Jacques Destouches de la Fresnay (1780-1858), un héros de la chouannerie. Ce roman a connu quelque douze rééditions ; parmi elles, un exemplaire de la seconde (Paris, Alphonse Lemerre, 1879, in-12) a été relié par Gayler-Hirou pour Barbey d’Aurevilly lui-même, en chagrin citron orné de filets dorés et sur les plats d’un écu mosaïqué de maroquin bleu nuit, chargé de trois fleurs de lys surmontées d’une couronne royale, complété par des tranches bicolores. Celui-ci a été vendu 3 159 €, à Drouot par le même commissaire-priseur, assisté par les mêmes experts. Ce décor de reliure affiche sans ambages les convictions de son héros, qui n’étaient pas très éloignées de l’auteur. Cet exemplaire possède en outre un envoi « à Mademoiselle Mathilde Biéli/son respectueux/Jules Barbey d’Aurevilly. » Barbey faisait relier ses propres livres afin d’en faire présent à ses familiers.

Nous n’en avons pas vu recouvrant Les Diaboliques, ce recueil de nouvelles qui fit scandale. Il devait à l’origine s’intituler : Ricochets de conversation ; s’il avait été conservé, son auteur n’aurait sans doute pas été accusé de « diabolisme » et, comme Baudelaire et Flaubert, d’outrage aux bonnes mœurs. Commencée vers 1850, la rédaction de ces nouvelles fut achevée en 1873 dans le Cotentin. Le recueil fut publié par E. Dentu en 1874, tiré à 2 200 exemplaires ; le livre fut épuisé en quatre jours. Un exemplaire de cette édition originale, relié par Devauchelle en maroquin bleu nuit, a été vendu 1 264 €, le 15 mai. Face aux accusations, Barbey accepta de retirer son ouvrage de la vente et les exemplaires saisis (480 encore en fabrication) furent détruits. Il bénéficia d’un non-lieu et les ouvrages réimprimés mentionnent sur les couvertures et pages de titre l’annonce « Deuxième édition ». Les esprits étant calmés, Alphonse Lemerre reprit le titre pour une nouvelle édition en 1882, véritable deuxième édition.

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