Bastet, le meilleur du chat

Publié le 23/05/2022 - mis à jour le 23/05/2022 à 10H22

Ce chat, représentation de la déesse égyptienne Bastet, est daté vers 664-332 av. J.-C.

Galerie Chenel

Gare, dans l’Égypte antique, à celui qui maltraitait un chat ou pire le tuait, même par inadvertance. Un historien grec, Diodore de Sicile, qui vivait au Ier siècle av. J-C. et composa notamment une histoire universelle intitulée la Bibliothèque historique, rapporta que vers -60, un char romain écrasa par accident un chat égyptien. Malgré les ordres du pharaon Ptolémée XII, le conducteur fut tué par un soldat égyptien. Le chat, miw en égyptien ancien, était déjà à cette époque vénéré, car associé au symbole de protection. Tout d’abord avatar du dieu Rê en tant que pourfendeur du serpent Apophis, il connaîtra le sommet de son influence en tant qu’incarnation de la déesse Bastet.

Les représentations de cette déesse sont nombreuses. L’une des dernières à être passée en vente, une statuette en argent la représentant dans le goût des productions égyptiennes antiques, assise, la queue repliée le long des pattes avant, a été adjugée 1 803 €, à Drouot, le 11 mars dernier par la maison Thierry de Maigret. Dans une lettre adressée à Jules Michelet, le 10 avril 1872, vendue 800 € à Drouot le 14 janvier 2012 par la maison Ader, l’auteur évoquait l’iconographie du chat en Égypte : « [il] ne paraît en Égypte qu’avec la XIIe dynastie (un peu avant Abraham) ; les monuments très nombreux de l’Ancien Empire n’en font, en effet, aucune mention. À partir de ce moment il entre de plain-pied dans le Rituel, et c’est seulement à ce titre qu’il est vénéré. Le chat est un symbole de la pureté et figure à l’entrée des temples ; il a sa place dans le mythe du soleil vainqueur des ténèbres, de la vie qui triomphe de la mort, du bien vainqueur du mal, etc., mais n’est jamais représenté comme ami de l’homme ».

L’égyptologue n’évoque pas les figurations en bronze. Certaines sont remarquables, comme celle présentée par la galerie Chenel, réalisée à la cire perdue. L’animal est assis sur ses pattes arrière, les pattes avant tendues. La queue est délicatement enroulée autour du postérieur et ramenée vers la patte avant droite, comme dans les hiéroglyphes. Tout est précision dans son exécution ; la précision du détail contribue à son réalisme anatomique. Cette statue Bastet, datée entre les XXVIe et XXXe Dynasties, vers 664-332 av. J.-C., porte autour du cou un collier au pendentif en forme de « cœur-ib » (le cœur spirituel), discrètement incisé dans le bronze. Le chat porte encore une autre incision, celle d’un scarabée particulièrement bien détaillé sur le dessus du crâne. Cet insecte, rappelons-le, est le symbole du soleil levant, il favorise la vie, la fertilité et incarne la renaissance. Bastet était également à l’origine associée à l’élément solaire. Puis elle devint déesse protectrice du foyer, de la fertilité féminine et capable d’apporter une grande prospérité. Elle s’opposa ainsi au caractère féroce de la déesse lionne Sekhmet. On ne sera pas surpris d’apprendre que les Égyptiens faisaient momifier leur chat.

• Galerie Chenel, 3 quai Voltaire, 75007 Paris

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