Big Mother

Publié le 05/07/2018

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Qu’est-ce que la maternité ? L’accouchement fait-il la mère ? Quelle place dans notre société pour la procréation médicalement assistée (PMA) ou la grossesse pour autrui (GPA) ? Toutes ces questions agitent notre société depuis quelques mois et à l’heure où le rapport des États généraux de la bioéthique 2018 vient d’être mis en ligne, ces interrogations n’ont jamais été aussi prégnantes. Toutefois, il ne faut pas croire que ces questions sont réellement nouvelles…

Margaret Atwood, avait déjà, au début des années 1980, abordé ce thème dans un roman dystopique fondateur du genre, La servante écarlate.

Ce livre, commencé en 1984, alors que l’auteur vivait à Berlin ouest encore encerclé par le Mur, est d’une actualité brûlante.

Netflix ne s’y est pas trompé en commandant une première saison puis une deuxième, inspirée de ce récit, dont le succès mondial a été salué tant par l’auteur elle-même que par la critique.

Ce récit universel et intemporel fait froid dans le dos, tant tout pourrait être vrai…

Nous sommes projetés au début du roman dans un lieu inconnu, on ne sait rien du pays, de l’époque où se situent l’action. Puis petit à petit, nous découvrons que nous sommes dans la République de Gilead, république récemment fondée par des fanatiques religieux.

Face à la chute de la fécondité, les apparatchiks du régime ont réduit en esclavage sexuel les rares femmes encore fertiles. Celles-ci sont vêtues de rouge et portent de grandes ailes blanches qui forment un halo devant elles. Elles sont appelées les « servantes écarlates ». Nous découvrons le quotidien de l’une d’entre elles, Defred. Tout ce qui faisait son identité a été gommé, jusqu’au nom puisque l’on apprendra que celui-ci n’est pas le sien. Defred fait partie de ces esclaves sexuelles qui « offrent » leur fertilité ! Elle met son corps au service d’un commandant et de son épouse. Mais le soir, quand elle rentre dans sa petite chambre monacale, elle se souvient… Elle se souvient d’un temps où les femmes étaient libres, travaillaient, lisaient, avaient un mari et des enfants… Ces souvenirs vont la pousser à chercher des moyens pour s’en sortir, à entrer en résistance d’une façon ou d’une autre.

Cette œuvre fondamentale dans la vie de l’auteur, a marqué à jamais Margaret Atwood. Elle n’hésite pas à affirmer dans la postface de ce livre que « Certains romans hantent l’esprit du lecteur, d’autres celui de l’auteur. La servante écarlate a fait les deux ». Ainsi Margaret Atwood reconnaît avoir subi diverses influences pour l’écrire.

La première était son intérêt pour la littérature dystopique, intérêt marqué dès le plus jeune âge par la lecture de 1984 de George Orwell, mais aussi le Meilleur des mondes d’Aldous Huxley et Fahrenheit 451 de Ray Bradbury.

La deuxième influence était sa fascination pour l’histoire des XVIIe et XVIIIe siècles aux États-Unis, matière qu’elle a étudié à Harvard. On retrouve ces éléments à travers le mode de vie strict, les règles austères, les costumes et les rites.

Enfin, la dernière influence réside dans son attrait pour les dictatures et leur mode de fonctionnement. Il ne faut pas oublier que Margaret Atwood est née en 1939, soit trois mois après le début de la Seconde Guerre mondiale, et qu’en terme de dictatures, ce siècle en a généré plus que de raison…

La servante écarlate est constituée d’un savant mélange de fanatisme et de réalisme, de faits réels et imaginés, du passé et de l’avenir.

D’une certaine vision du monde d’hier, d’aujourd’hui et de demain dans lequel les femmes ont et auront toujours un rôle à jouer, mais encore faut-il savoir lequel…

LPA 05 Juil. 2018, n° 137r5, p.16

Référence : LPA 05 Juil. 2018, n° 137r5, p.16

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