« Bonjour Philippine ! », dit Manet

Publié le 14/01/2022 - mis à jour le 14/01/2022 à 11H06

D’Édouard Manet, cette Philippine (aquarelle), a été adjugée 92 000 €.

Pescheteau-Badin

Édouard Manet (1832-1883), le peintre du Déjeuner sur l’herbe, aimait autant la nature que ce qu’elle nous offre. En examinant ce célèbre tableau, on y décèle une corbeille de fruits. Elle est quelque peu renversée ; s’en échappent des restes d’une grappe de raisin, des figues et d’autres mets que l’on ne peut identifier. Pas de quoi constituer une nature morte à la manière de Chardin. Là n’était pas l’intention du peintre. Ici, la corbeille renversée indique un mouvement dans la scène et la fin du déjeuner. Manet aimait peindre les natures mortes ; elles étaient, selon lui, « la pierre de touche de son métier ». Le Musée d’Orsay a organisé en 2000-2001 une exposition sur ce thème. Si l’on regarde de plus près ses œuvres, on y remarque des produits des jardins et vergers. Nous pouvons ainsi citer une Nature morte avec melon et pêches, peinte vers 1866. Goûtons encore sa botte d’asperges, ses pommes, son citron, ses poires, ses pêches…

Il lui arrivait de prendre pour modèle ces fruits qui devaient déborder d’une coupe posée dans son atelier. Nous imaginons le geste machinal d’y saisir un fruit sec, d’en briser la coque et d’y découvrir une amande jumelle. Il n’a pu jouer à « Philippine », avec sa fille Julie (1878-1966), trop petite. Ce jeu qui consiste à dire le premier à son partenaire : « Bonjour Philippine ! », en mangeant une amande en contenant deux, et de donner un gage à celui qui n’a pas été assez rapide. Alors qu’il demeurait à Bellevue, durant les étés 1879 et 1880, Édouard Manet cassa une amande et y découvrit une Philippine, qui lui servit de modèle pour dessiner une aquarelle. Celle-ci (11,5 x 10,5 cm), a été adjugée 92 000 €, à Drouot, le 15 décembre 2021 par la maison Pescheteau Badin. Ce ne fut pas la seule Philippine que Manet a reproduite. Dans l’ouvrage Manet : pastels, aquarelles et dessins par Denis Rouart et Daniel Wildenstein (La Bibliothèque des Arts, 1975), nous retrouvons à la même date de 1880 quatre sujets similaires. L’un d’eux est entré en 1927, dans les collections du cabinet des dessins du Musée du Louvre, à la suite du legs du peintre Étienne Moreau-Nélaton (1859-1927).

Au cours de la même vacation, une autre aquarelle de Manet, Femme au chapeau – Mademoiselle Marguerite, exécutée durant l’été 1880, a été vendue 108 000 €. Le modèle était la sœur de l’épouse de Jules Guillemet, propriétaire d’un luxueux magasin de mode rue Faubourg-Saint-Honoré. Jules Guillemet et sa femme étaient des amis intimes de Manet, qui les a représentés dans un tableau Dans la serre, désormais conservé à l’Alte Nationalgalerie de Berlin. Manet a dessiné sept autres aquarelles inspirées par Mademoiselle Marguerite, lors du séjour de cette dernière à Bellevue, en 1880. On la retrouve encore dans quatre dessins tirés de quelques pages d’un carnet de croquis de Manet.

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