Botticelli au musée Jacquemart-André

Publié le 09/11/2021 - mis à jour le 09/11/2021 à 10H36

Simonetta par Botticelli.

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L’exposition Botticelli au musée Jacquemart-André est certainement l’une des expositions à ne pas manquer.

« L’art s’était efforcé de tout temps de donner un moyen d’expression à ce besoin inexprimé de divin qui est en nous ». Hermann Hesse

Alessandro di Mariano Filipepi, dit Sandro Botticelli (1444-1510), commença à travailler chez un orfèvre, puis il devint l’élève de Filippo Lippi (1406-1469). Il subit aussi l’influence d’Andrea Verrocchio (1435-1488) et d’Antonio Pollaiolo (1431-1498), qui représentaient, à l’époque, l’École réaliste. Dès ses premières œuvres, La Force (1470) ou Judith et Holopherne (vers 1472), Botticelli révéla un goût très personnel pour les lignes sinueuses et continues, ainsi qu’un sens de l’harmonie des compositions. Ses nombreuses madones sont remarquables, réalisées le plus souvent sur des toiles de forme circulaire (tondi). La partie la plus originale de son œuvre réside essentiellement dans ses grands formats, des peintures allégoriques qui lui furent commandées pour la décoration des villas des Médicis. À trente ans, Botticelli était le peintre favori de cette famille.

Proches des poètes contemporains de l’entourage de Laurent le Magnifique (lui-même poète), ceux-ci lui suggérèrent sans aucun doute ses peintures d’inspiration païenne comme Le Printemps (1478) ou La Naissance de Vénus (1486), qui se composent d’arabesques gracieuses. Les silhouettes féminines sont souples et longilignes, entourées de voile ténus, évoluant sur un fond de jardins enchantés. Quant aux coloris, ils sont transparents et subtiles. Nous retrouvons là la grâce et la mélancolie des visages de Filippo Lippi ainsi que la force légèrement rude d’Antonio Pollaiolo.

Au cours de son séjour romain, de 1481 à 1483, il peignit, pour la chapelle Sixtine du Vatican, des fresques représentant la vie du Christ et de Moïse. Il réalisa également de nombreux retables dont celui du Couronnement de la Vierge (1488).

À la fin du XVe siècle, la crise politique et religieuse qui bouleversa Florence affecta profondément Botticelli. Ses œuvres de cette période se caractérisent par une tension dramatique, quasiment exacerbée, comme Calomnie (1494), pour lesquelles il adopta un tracé discontinu et rigide, des formes presque géométriques, des couleurs éclatantes. Toutefois, ses qualités exceptionnelles de dessinateur trouvèrent à s’exprimer dans l’illustration, sur parchemin, de la Divine Comédie de Dante (1265-1321).

Les néo-platoniciens, tel Marsile Ficin (1433-1499), revalorisèrent la culture antique, réussissant à combler le fossé qui s’était formé entre les premiers partisans du mouvement humaniste et la religion chrétienne, qui condamnait l’antiquité car païenne. Le néo-platonisme couronna la Renaissance, et il fut sollicité par une religiosité inavouée et quasi mystique. Les thèmes de la beauté et de l’amour devinrent centraux parce que l’homme, poussé par l’amour et le beau, peut s’élever au supérieur, à l’esprit. D’autre part, la mythologie fut réhabilitée et on lui attribua le même rang que les thèmes religieux.

Cette revendication de la foi éclata avec Savonarole (1452-1499), et elle fut au cœur de la Renaissance à Florence. Cette foi entraîna Botticelli, de façon significative, dont l’art était le fruit même de ce néo-platonisme florentin. Cela le mena au seuil du maniérisme. Après la mort de Savonarole, Botticelli se consacrera, avec une extrême rigueur, à la représentation de sujets issus de l’Histoire sainte : Nativité (1500) ou Crucifixion (après 1500).

Le génie de Botticelli et l’activité de son atelier (une sorte d’entreprise) sont incontestables. Son atelier fut un laboratoire foisonnant d’idées et de renouvellement ; ce fut aussi un lieu de formation, typique de la Renaissance italienne

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