Ce que disent les notes

Brassée de concertos de violon et de harpe

Publié le 05/01/2017

Concertos pour violon de Mozart

Mozart était un violoniste qui, selon Leopold, n’était pas suffisamment conscient de sa valeur. Ses œuvres concertantes pour le violon datent toutes du milieu des années 1770 et appartiennent au style dit galant. À part quelques pièces isolées, il ne composera plus pour l’instrument alors que la forme du concerto pour clavier se développera de manière significative. Le premier concerto K 207 se signale en particulier par son brillant finale presto. Dans le deuxième K 211, on note une influence française, très perceptible dans l’andante conçu sur un thème d’ariette. À partir du troisième K 216 les choses changent et on mesure l’évolution du musicien sur une période relativement courte, en particulier dans le rôle dévolu à l’orchestre. L’allegro initial introduit ce côté théâtral dans le soutien orchestral qui distinguera bien des pièces futures. Comme au rondo final enjoué et fluide, le passage andante en forme de refrain contrastant agréablement. Avec le quatrième concerto K 218, Mozart rend hommage à Luigi Boccherini et à sa manière vivace pour les deux mouvements extrêmes, comme à son mélodisme puissant dans l’andante cantabile central. Le cinquième concerto K 219 est encore plus développé et ses trésors ne se réduisent pas au finale, à ses « turqueries » comme bientôt dans L’Enlèvement au sérail. L’épanchement intime de l’adagio se charge de mélancolie puis de tragique. L’entrée piano du soliste à l’allegro aperto, après une introduction orchestrale plus que brillante, est proprement magique. Tout comme la cadence de la fin de ce mouvement en forme d’improvisation débridée. La présente intégrale se signale par un élément important : le choix des cadences précisément, écrites par le pianofortiste Andreas Staier. Celui-ci remarque qu’aucune information n’a été laissée par Mozart sur les cadences, qu’il devait vraisemblablement improviser à chaque exécution. Un certain nombre de paramètres ont guidé Andreas Staier dans ce travail : la dette vis-à-vis de l’opéra, le souci de la thématique, à l’aune de la manière dont Mozart puise dans la réserve motivique de chaque mouvement concerné dans les concertos de piano, et enfin la nécessité de concevoir des morceaux plutôt longs, ce qui est le cas dans bien de ceux-ci. Elles sont fort imaginatives et permettent au soliste de mettre en valeur une large palette. Elles ont été conçues pour Isabelle Faust. La violoniste allemande, dont on connait le raffinement de l’archet, offre des exécutions non seulement immaculées, mais empreintes d’une rare introspection et d’un goût certain dans le choix des tempos. L’écrin orchestral prodigué par Giovanni Antonini à la tête de son ensemble Il Giardino Armonico, qu’on sent justement peu nombreux, est toujours plaisant : souci du soutien à sa soliste, rigueur dans les tempos, qui pour les prestes ne sont pas boulés comme souvent chez ce chef.

La harpe reine

La harpe connut une incroyable vogue en France dans la deuxième partie du XVIIIe siècle, surtout durant le règne de Louis XVI sous l’influence de la reine Marie-Antoinette dont on dit qu’elle en apporta une dans ses bagages lors de son arrivée à Versailles en 1770. Elle appréciait cet instrument dont elle jouait. Xavier de Maistre a voulu célébrer cet incontestable âge d’or, en honorant deux compositeurs méconnus qui pourtant marquèrent le répertoire. Le harpiste d’origine tchèque Jean-Baptiste Krumpholtz (1747-1790), installé à Paris en 1777, passe pour un pionnier dans le fonctionnement de l’instrument dont il repoussa les limites. Le 5e concerto op. 7, créé au Concert Spirituel en 1778, se signale entre autres par son andante con variazioni sur un thème de chanson populaire que suit un rondeau guilleret où la harpe tricote les plus folles arabesques. Quant à l’allemand Johann David Hermann (1760-1846), maître de piano de Marie-Antoinette, il écrira trois concertos pour la harpe. Le 1er op. 9 est constitué de deux mouvements : un allegro très développé dont l’écriture « pianistique » n’est pas sans poser quelques difficultés à l’interprète car extrêmement virtuose ; un rondeau nettement plus bref, là encore largement pensé comme s’il s’agissait du piano. Xavier de Maistre y déploie une science phénoménale. William Christie a eu la belle idée d’adjoindre au programme la symphonie n° 85 dite « La Reine » de Joseph Haydn, qui doit précisément son nom au fait qu’elle était la préférée de la reine de France. Elle fait partie de la série des « symphonies parisiennes ». L’interprétation est luxueuse, animée d’une vraie force communicative avec son lot de surprises. À l’aune de tout le programme de ce disque.

 

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Référence : LPA 05 Jan. 2017, n° 123f1, p.15

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