Bruyer, le graveur de guerre

Publié le 18/06/2021 - mis à jour le 21/06/2021 à 9H53

Bruyer, le graveur de guerre

Un matelot combattant (aquarelle) vu par Georges Bruyer, exposé au musée de la Grande Guerre.

Musée de la Grande Guerre

Le soldat, dans la tenue règlementaire de 1914, pose une main dans la poche de son pantalon couleur garance ; l’autre tenant son fusil Lebel de l’autre main négligente. La visière de son képi bleu de même couleur que la capote, est relevée. C’était une coquetterie de militaire aguerri. Ce que n’était pas Georges Bruyer (1883-1962) ; il était peintre, ancien élève de Jean-Léon Gérôme et Gabriel Ferrier et connaissait déjà une certaine renommée lors de la déclaration de la guerre. Il s’est représenté ainsi, de profil, arborant une petite moustache, dans un paysage dénué de toute verdure. En bas à gauche, on peut lire non pas une signature, mais une interjection : « Hé Criquette », le surnom qu’il donnait à sa femme. Bruyer allait tout au long du conflit saisir les gestes de la vie quotidienne des combattants. Le musée de la Grande Guerre à Meaux a reçu en don par sa famille l’ensemble de ses dessins de guerre, soit plus de 400 dessins crayonnés sur le vif, aquarelles et gravures sur bois ou sur cuivre. Plus d’une centaine (130) de ces œuvres ont été choisies pour cette exposition : « Graver la guerre ».

Georges Bruyer combattit sur le front jusqu’en juillet 1915, où il fut blessé puis évacué. Remis, il continua à servir, mais crayon en main, en étant peintre missionné aux armées en 1917. Il devint ainsi un témoin privilégié de la vie quotidienne de ceux qui resteront ses camarades. Il a saisi leurs silhouettes décrivant, souvent avec ironie, leur vie misérable dans les premières tranchées, marquée par l’improvisation et le manque de tout. On voit par exemple trois hommes marchant dans la nuit. Le premier un sac en guise de couverture sur la tête et les épaules, tient l’extrémité d’une tige portée à l’autre bout par un poilu casque, supportant une marmite, et suivi par un troisième portant sur l’épaule un lourd sac de provisions. Ailleurs, une aquarelle datée de 1915, fait songer à une sorte de fête lumineuse dans la nuit éclairée par des petites lampes posées çà et là par-dessus une colline sombre. Il s’agit en réalité d’une attaque d’artillerie allemande.

En 1917, son style se modifia. Il représenta, notamment à l’huile, les bâtiments en ruines des localités visitées dans le cadre de sa mission, dans lesquelles apparaissaient rarement les hommes. Ces compositions font songer à celles qu’il exécuta au fusain ou à l’aquarelle au moment de la séparation de l’Église et de l’État en 1905. Trente d’entre eux ont été présentés à la vente, le 21 juillet 2020 par la maison Alde, avec une estimation de 5/6 000 €. À leur propos, Paul Vuillard, écrivait dans une chronique consacrée au Salon des Indépendants de 1906, que Bruyer « développe ce thème suranné de l’Intolérance des Religions ». Que dire donc de son eau-forte et aquatinte de 1906, intitulée Les Pendus, vendue 500 €, à Drouot le 12 décembre 2013 par la maison Ader ?

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