Ce que ne fut jamais Chaillot !

Publié le 20/01/2023 - mis à jour le 20/01/2023 à 10H30

Plan du palais impérial

Eve

L’histoire de la montagne Chaillot – c’est ainsi qu’on l’a nommée jusqu’au milieu du XIXe siècle – devrait être un cas d’école de l’aménagement urbain. Nous avons oublié que son point culminant est au cimetière de Passy, à une altitude de 70 mètres où était situé un moulin jusqu’au début du XIXe siècle. Non loin de là, se dressait un château qui fut acheté en 1651 par les religieuses de la Visitation de Chaillot ; il fut détruit en 1794. La place, si l’on peut dire, était vacante. C’est sans doute ce qui donna l’idée à Napoléon Ier d’y faire bâtir un palais gigantesque en l’honneur de son fils, le « Palais du Roi de Rome ». Il en confia l’exécution à Pierre-François Léonard Fontaine (1762-1853). Celui-ci, avec son camarade d’études, Charles Percier (1764-1838) inventèrent ce que l’on a appelé le style Empire, un style reconnaissable entre tous, mêlant le retour d’Égypte, la Grèce et la Rome antique.

Nous connaissons l’aspect qu’aurait dû avoir ce « Palais du Roi de Rome », grâce aux plans laissés par Fontaine. Un recueil de 41 planches, dont l’aménagement de la Montagne Chaillot, a été adjugé 110 000 € à Drouot, le 20 décembre 2022 par la maison Eve, assistée par Michel Saporta de la librairie Ormara. Ce recueil (grand in-folio, 66,5 x 53 cm), a été relié en demi-basane maroquiné rouge, dans les années 1820-1830. Les planches sont dessinées à la plume, à l’encre de Chine et lavis avec des rehauts d’aquarelle.

Dans son journal, Fontaine rapporte que le 13 février 1812, l’empereur après son déjeuner l’a entretenu de ses bâtiments et s’est beaucoup plaint de l’incommodité de la résidence des Tuileries… Il a besoin d’un appartement de plain-pied avec un jardin, il se flatte qu’il trouvera ces avantages dans les distributions du palais du Roi de Rome qu’il finira par habiter de préférence à tout autre. Nous savons que Napoléon n’en disposera jamais. Ce projet pharaonique qui fut commencé, ne fut jamais achevé pour cause de chute de l’Empire.

Napoléon avait par ailleurs envisagé de faire construire une maison de plaisance à intégrer au parc Monceaux, que l’on écrivait à l’époque « Mousseau ». Un recueil contenant ses plans, plus ceux de la maison Terneuse en Hollande qui lui aurai permis de surveiller l’invasion de l’Angleterre, ainsi que ceux de quatre cimetières destinés à être construits aux points cardinaux de la capitale, ceux des fontaines du Carrousel et de la place de la Concorde. En tout, 51 projets reproduits sur 44 planches simples et 7 doubles, reliées également en demi-basane maroquiné rouge, à la même époque, ont été vendus 180 000 €. Un troisième recueil de planches figurait au catalogue et a été adjugé 29 000 €. Ce dernier contient 14 dessins à la plume (encre de Chine et lavis avec rehauts d’aquarelle), les plans du projet, dessiné vers 1819, d’une maison de plaisance pour le roi Guillaume Ier de Wurtemberg (1781-1816- 1864). Le projet ne fut, lui aussi, jamais concrétisé, sans doute à cause de la crise économique qui frappa le royaume après l’accession au trône de Guillaume.

Eve, 9 rue Milton, 75009 Paris

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