César, le sein et le téton

Publié le 06/12/2021

Cette épreuve du Sein par César a été adjugée 112 000 €.

De Baecque

« Autre temps, autre sein », sommes-nous tentés de réinventer ainsi le proverbe. Cette interprétation n’est pas si éloignée de l’exclamation lancée par Cicéron dans les Catilinaires. Souvenons-nous du « Sein que l’on ne saurait voir » du Tartuffe de Molière, et contemplons celui qui est donné à regarder sur un mur, autrement dit celui du sculpteur César (1921-1998). Près de 300 ans, 298 exactement, séparent ces deux représentations. Une épreuve du Sein de la seconde (épreuve en résine de polyuréthane moulée et laquée rose, montée sur un fond d’aluminium découpé, signée, datée 1967), a été adjugée 112 000 €, à Drouot, le 19 novembre dernier par la maison De Baecque et Associés, lors de la dispersion de la collection Creuzevault.

Le Pouce a été créé en 1965 ; avec lui, le Sein constitue la plus emblématique des œuvres du sculpteur de la suite des empreintes humaines, précise l’expert Damien Voutay qui raconte sa genèse. César proposa à Hélène Rochas de poser un sein en inox de cinq mètres de diamètre dans le bassin de ses usines de Poissy. C’est la poitrine de Victoria von Krupp, une danseuse du cabaret parisien le Crazy Horse, qui servit de matrice. Tout comme pour le Pouce, l’artiste, jouant du pantographe, se plaira ensuite à varier les dimensions et également les matériaux de ses seins, à accrocher au mur ou à poser au sol. Il en a été créé des pendentifs. L’un d’entre eux, en bronze à patine dorée (3,7 x 3,5 cm), a été vendu 18 000 €, à Drouot, le 30 mars dernier par la maison Art Valorem. Nous en connaissons un autre, cette fois en or jaune orné d’un diamant à la place du téton, qui a été présenté à la vente à Monte Carlo, le 19 juillet dernier, avec une estimation de 2 500/3 000 €.

Le téton justement. Nous ignorons si Molière eut entre ses mains un petit livre sur le sujet lorsqu’il entreprit la rédaction de son Tartuffe. Paru en effet en 1664 chez Claude Barbin, l’éditeur, Les Entretiens Galants d’Aristipe et D’Axiane. Contenant le langage des Tétons et leur Panégéryque, etc. Le procédé utilisé par l’auteur anonyme répondait ici à la nature humaine : Axiane demande à Aristipe de « faire une galanterie » sur le titre : Le langage des Tétons : « Vous vous étonnez peut-être, de ce qu’une fille vous fait une semblable prière ; mais je vous ai entendus dire tant de jolies choses sur ce sujet, que je crois que vous en ferez une fort belle galanterie ». Et l’homme de s’exécuter : « … L’on ne peut dire que les tétons ne parlent pas, puis qu’ils nous disent quand le cœur soupire, et qu’ils nous font connaître des soupirs, dont quelquefois il ne voudrait pas que l’on s’en aperçoit, et qu’il voudrait étouffer en naissant ». « Ah ! Qu’en termes galants, ces choses-là sont mises ! », aurait dit, sincère cette fois, Philinte, l’ami d’Alceste le Misanthrope.

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