Chantons le monde et la jeunesse

Publié le 14/06/2016

Le Chant du monde de Jean Lurçat

Tapisserie Le Chant du monde au Musée Jean-Lurçat à Angers.

Photo F. Baglin

Jean Lurçat (1892-1966) était fasciné par l’art mural. Il fut tenté, dans un premier temps, par la fresque, mais cet élève de Victor Prouvé délaissa la peinture pour la tapisserie, en découvrant la Tenture de l’Apocalypse, ce trésor médiéval conservé au château d’Angers. Il eut devant cette œuvre un choc esthétique qui orienta pour toujours son travail.

Il produira un bon millier de cartons avant de commencer, en 1957, une réplique moderne de l’Apocalypse que l’on peut voir au musée Jean Lurçat à Angers. Le Chant du monde regroupe dix tapisseries qui évoquent le drame nucléaire d’Hiroshima, la conquête de l’espace et la victoire de l’homme vivant en harmonie avec la nature. Ce travail restera malheureusement inachevé à sa mort.

Les quatre pièces d’une tenture aux dimensions surprenantes, sur le thème des quatre saisons, tissée par des ateliers privés d’Aubusson, sont mises en espace. Elles montrent une luminosité qui renoue avec la tradition des millefleurs, ces tapisseries du XVe siècle et du début du XVIe siècle où l’on voit de petites touffes de fleurs ou de feuillages, disposées sur un fond uni et plat.

Admirable coloriste, réduisant la gamme des couleurs, il fut en rupture avec la tradition, imitant la peinture du XVIIIe siècle. Jean Lurçat disait de lui-même : « Je suis un homme qui fait du tricot, un point c’est tout ».

Le rouge de Sergey Kononov

Ce peintre ukrainien de 21 ans qui a rejoint l’École des Beaux-Arts à Paris en 2015 montre dans cette exposition une série de portraits saisissants. Ils ont à la fois un côté tendre et acerbe. Ils montrent une violence que des adolescents peuvent avoir, cachant toutefois le côté sensible voire délicat que l’on possède à cet âge.

Ces jeunes cherchent à s’affirmer mais ils sont encore influencés par les pressions extérieures. Leurs natures physiques dominent, mais on ressent que leurs âmes sont prêtes à émerger pour contrôler leurs pulsions primaires. Ils montrent également une rébellion vis-à-vis de la famille, de l’école et des adultes, et ne veulent pas ressembler à leurs aînés.

La présence des chiens dans les peintures de Sergey Kononov n’est pas due au hasard. Les adolescents qu’il peint mènent une vie proche de celle de cet animal errant, ils savent se défendre et satisfaire leurs besoins vitaux. Son tableau Cinq bouches ouvertes, où nous voyons deux chiens et trois enfants avec un air hagard, exprime bien cette animalité. C’est l’expression d’un désarroi.

La peinture de Sergey Kononov se situe entre le réalisme et le néo-expressionnisme. Ses tableaux, dont les cadrages sont très serrés, ont une grande intensité d’expression et les regards nous attrapent. Si on demande au peintre : « Pourquoi rouge ? », il répondra : « Pour moi c’est le sang qui coule à travers le corps, c’est la pulsion animale de la vie ».

Tableau issu de l’exposition Rouge, de Sergey Kononov.

Galerie Lazarew, 2016

 

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Référence : LPA 14 Juin. 2016, n° 117c6, p.22

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