Chardin et le melon entamé

Publié le 26/04/2024

De Jean Siméon Chardin ( 1699-1779), Le Melon entamé est estimé 8/12 millions d’euros.

Christie’s images limited

Gabriel de Saint-Aubin (1724-1780) était un croqueur. Il saisissait en effet dans un carnet qui ne le quittait jamais, à l’aide de son crayon, les scènes ou les amusements au gré de ses errances dans Paris. Ce carnet, conservé au Louvre, comprend 108 pages, dont 103 illustrées et annotées entre 1759 et 1778. Cet artiste, graveur, aquarelliste et peintre, « a tout vu, tout observé, tout dessiné avec une sympathie communicative, avec humour et tendresse, sans jamais glisser dans la vulgarité, » dit Pierre Rosenberg. « Son œuvre est inépuisable, y compris dans l’histoire de l’art. Ses exemplaires de l’Explication des peintures, sculptures et gravures de Messieurs de l’Académie Royale : dont l’exposition a été ordonnée […] par M. le Comte de La Billardrie d’Angiviller, autrement dit les livrets des Salons, sont truffés de dessins reproduisant les tableaux repérés par Gabriel de Saint-Aubin ». Parmi ceux-là, dans celui de 1761, on remarque trois toiles de Jean Siméon Chardin (1699-1779), le célèbre Panier de Fraises, acquis par le musée du Louvre en février 2024, le bocal d’abricots, aujourd’hui conservé à la Art Gallery de Toronto, et son pendant Le Melon entamé, réalisé lui aussi en 1760.

Ce Melon entamé sera mis en vente à Paris, le 12 juin 2024 par Christie’s avec une estimation de 8/12 millions d’euros. Il dispose d’ores et déjà de son Certificat de libre circulation de bien, ouvrant son acquisition aux collectionneurs du monde entier. Cette toile provient des collections Rothschild et François Martial Marcille (1790-1856). Ce dernier, qualifié de « collectionneur clairvoyant » possédait trente tableaux de Chardin. Ses fils Camille (1816-1875) et Eudoxe (1814-1890), tous deux également collectionneurs, se répartirent la collection de leur père, et surtout, prenant conscience de l’importance de cet ensemble, organisèrent des expositions. Ils contribuèrent ainsi à rendre sa place légitime à Jean Siméon Chardin dans l’histoire de l’art. Le Melon entamé fut acquis en 1875 après le décès de Camille Marcille, pour le compte de la baronne Nathaniel de Rothschild, née Charlotte de Rothschild (1824-1904).

Selon Pierre Rosenberg, qui le nota dans le catalogue de l’exposition monographique de 1979, « la forme ovale, presque circulaire du Melon entamé, renforce l’aspect privé, presque intime de la scène que le spectateur regarde. Les œuvres de ce format sont très rares dans le corpus du peintre. Il est ici choisi par Chardin pour jouer un rôle et devient une extension de la composition. En ce sens, Le Melon entamé est un éloge de la rondeur », poursuivait l’ancien directeur du Louvre. Il reste que Chardin a porté au plus haut la nature morte. Il en a réalisé, disent les historiens d’art, environ cent vingt, souvent sur les mêmes thèmes. Avec lui, tous ces sujets ne sont plus des copies d’objets, mais des reproductions quasiment authentiques. « Chardin demande qu’on lui consacre du temps, qu’on regarde ses tableaux lentement », disait, en 1979, Pierre Rosenberg.

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