Voyage en Grèce

Cités en Argolide (IX)

Publié le 12/08/2016

Quoi qu’on en dise, la Grèce est notre mère. Les lieux, les pierres et les monuments sont comme un rappel de notre civilisation. René Puaux (1878-1937) publia un Nouveau guide de la Grèce en 1937 à la Société française d’éditions littéraires et techniques. « L’intérêt de ce livre m’est apparu, un soir d’été, au cours d’une promenade sur l’esplanade du Phalère », disait-il. Il n’avait trouvé dans aucun guide les récits des traditions légendaires du Phalère et son histoire. Il résolut de « rédiger un guide de tout autre ordre, celui du Touriste-Poète », qui ne manque pas d’ironie. Nous sommes toujours en Argolide.  Cette région correspond à une péninsule, bordée au nord par le golfe Saronique et au sud par le golfe Argolique, elle-même située dans la péninsule du Péloponnèse. BGF

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« [Persée n’emporta pas à Mycènes] la tête de Méduse, dont il avait fait don à Athéna. Un aussi dangereux objet ne doit pas être à la portée d’une épouse et de jeunes enfants. Persée fut tué par son cousin Mégapente, vengeant son père Protéos, suivant le principe de la vendetta que les Corses n’ont pas inventée. Sthénélos succéda à Persée, son père, et épousa Nicippé dont il eut quatre enfants : Alcinoé, Méduse, Gélanor et Eurysthée. Qu’on ait donné à la seconde fille le nom de la terrible Gorgone, dont son grand-père avait coupé la tête, est une plaisanterie assez lourde. Il est vrai que, dans sa jeunesse, la première Méduse était une très belle fille dont l’admirable chevelure fut muée en serpents uniquement parce que, dans son orgueil, elle avait osé disputer le prix de la beauté à Athéna. Sthénélos et Nicippé avaient voulu peut-être donner cette leçon de modestie à leur fille.

Eurysthée, héritier du trône, est devenu fameux dans l’histoire pour avoir inauguré, en envoyant Héraclès, dont il redoutait l’influence, poursuivre au loin ses difficiles travaux, la tactique qui consiste à nommer gouverneur des colonies des rivaux politiques (…).

Héraclès, rapportant à Mycènes la dépouille du lion de Némée, l’hydre de Lerne, le sanglier d’Érymanthe, la biche aux pieds d’airain, les oiseaux de Stymphale, les cavales carnivores de Diomède, ne put les introduire dans la ville et les laissa au pied des murs.

Permettez à votre imagination de s’exalter. Vous êtes sur l’une des terrasses de l’est et vous regardez la route de Corinthe. Un petit nuage de poussière. C’est Héraclès, le géant, demi-nu, bronzé comme un baigneur de Juan-les-Pins, qui s’avance, suant, appuyé sur sa massue d’olivier et portant, sur ses épaules, une monstrueuse bête morte. Il approche et hèle Eurysthée d’une voix de stentor : « Ohé ! j’ai l’animal ! ». Le roi est vert de peur. Il commande à un héraut de répondre : « C’est bon, pose-le là. Vas maintenant nettoyer les écuries d’Augias ! ». Ne sentez-vous pas Mycènes s’animer d’une clameur populaire, n’entendez-vous pas la course des curieux vers la plaine pour examiner la dépouille ? Ne voyez-vous pas Héraclès répondant aux questions et avalant d’un trait le contenu d’une amphore de vin, avant de repartir ?

Eurysthée fut tué avec toute sa famille dans un combat au nord d’Athènes et la dynastie mâle des Perséides s’éteignit. Les descendants de Pelops s’établirent à Mycènes et c’est la tragédie des Atrides ; je ne vous fais pas l’injure de supposer que vous l’avez oubliée et je n’en rappelle en conséquence que le schéma ».

Un schéma qui ressemble au synopsis d’un film mêlant autant la violence que la psychologie familiale et l’aventure, à lire la semaine prochaine.

(À suivre) 

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Référence : LPA 12 Août. 2016, n° 118m6, p.22

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