Voyage en Grèce

Cités en Argolide (XIII)

Publié le 09/09/2016

Quoi qu’on en dise, la Grèce est notre mère. Les lieux, les pierres et les monuments sont comme un rappel de notre civilisation. René Puaux (1878-1937) publia un Nouveau guide de la Grèce en 1937 à la Société française d’éditions littéraires et techniques. « L’intérêt de ce livre m’est apparu, un soir d’été, au cours d’une promenade sur l’esplanade du Phalère », disait-il. Il n’avait trouvé dans aucun guide les récits des traditions légendaires du Phalère et son histoire. Il résolut de « rédiger un guide de tout autre ordre, celui du Touriste-Poète », qui ne manque pas d’ironie. Nous sommes toujours en Argolide. Cette région correspond à une péninsule, bordée au nord par le golfe Saronique et au sud par le golfe Argolique, elle-même située dans la péninsule du Péloponnèse. BGF

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« Épidaure fut, du temps de Thésée, d’un accès difficile. Périphétès, le porteur de massue, fils de Vulcain et d’Anticlée, attaquait les passants. Sa mère, Anticlée, fut-elle la femme qui donna le jour à Ulysse, Vulcain ayant été un amant divin bénéficiant du droit du seigneur ? On ne saurait le démentir. Thésée tua Périphétès et s’empara de sa massue.

Sur la côte sud de l’Argolide, en face de l’île d’Hydra, se trouve Kastri (Hermioné). On y montrait, derrière le temple de Chthonia, sur la place de Clyménus, la bouche des Enfers par laquelle Hercule était remonté dans le monde des vivants. On fêtait à Hermioné les chronies en l’honneur de Cérès. Les jeunes garçons, habillés de blanc et couronnés de jacinthes, précédaient une génisse que quatre vieilles femmes armées de coutelas poursuivaient dans le temple et égorgeaient. Cette partie de la cérémonie était moins plaisante que la procession fleurie.

Trézène est le lieu de naissance de Thésée et localisation de l’histoire de Phèdre et Hippolyte. Simplement ! On vous recommande l’excursion du pont du Diable, la gorge pittoresque du Gephyræon et la belle vue de l’ancien Kastro Franc. Qu’est-ce que cela ? Ne seriez-vous davantage tentés de rechercher le myrte dont Phèdre, énervée par son amour coupable, cribla les feuilles de coups d’épingle à cheveux et à l’ombre duquel on l’ensevelit ?

Quel est l’ami des lettres qui ne s’arrêtera pas à Trézène pour y cueillir, près de l’église de Palæa Episcopi, des feuilles de myrte qu’il fera sécher dans son exemplaire favori de Racine ? Sa botanique littéraire ne s’arrêtera pas là. Il cherchera, aux environs de l’église Saint-Georges, là où se distinguent les restes de l’enceinte urbaine, quelque plan isolé de laurier. Il aura peut-être la chance d’être tombé sur le rejeton de la fontaine Hippocrène où Oreste expia son crime mémorable. Et tandis que ces souvenirs commenceront de se raidir dans son portefeuille, il apprendra, par surcroît, ceci sur l’histoire de Trézène. Trézène, fondateur de la ville, était le fils de Pélops et le petit-fils de Tantale, ce roi de Lydie qui déroba à la table des dieux le nectar et l’ambroisie afin d’en faire connaître la saveur aux hommes. Son châtiment est resté célèbre.

Trézène avait une fille nommée Évopis, dont la beauté excita l’amour de son oncle Dimétas. La jeune fille ne le partagea pas, ayant plus que de l’affection pour son propre frère (qu’y avait-il dans l’air de cette région ?). Dimétas, repoussé, dénonça sa nièce, qui se pendit en maudissant son oncle. Cette malédiction produisit son effet. Descendez sur la plage de Vidhi. Regardez le sable fin ; là, il y a bien des siècles, les courtes vagues du golfe d’Égine déposèrent le cadavre d’une merveilleuse jeune femme. Dimétas la vit, s’agenouilla et tomba éperdument amoureux de la morte. Il assista à la lente décomposition de la chair adorable et il devint fou. Ce fut la vengeance d’Évopis ».

(À suivre)  

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Référence : LPA 09 Sep. 2016, n° 119f1, p.23

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