Voyage en Grèce

Cités en Argolide (XIV)

Publié le 16/09/2016

Quoi qu’on en dise, la Grèce est notre mère. Les lieux, les pierres et les monuments sont comme un rappel de notre civilisation. René Puaux (1878-1937) publia un Nouveau guide de la Grèce en 1937 à la Société française d’éditions littéraires et techniques. « L’intérêt de ce livre m’est apparu, un soir d’été, au cours d’une promenade sur l’esplanade du Phalère », disait-il. Il n’avait trouvé dans aucun guide les récits des traditions légendaires du Phalère et son histoire. Il résolut de « rédiger un guide de tout autre ordre, celui du Touriste-Poète », qui ne manque pas d’ironie. Nous sommes toujours en Argolide. Cette région correspond à une péninsule, bordée au nord par le golfe Saronique et au sud par le golfe Argolique, elle-même située dans la péninsule du Péloponnèse. BGF

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« Un autre fils de Pélops, Pitthée, monta sur le trône de Trézène. Il n’avait pas, semble-t-il, hérité des tares familiales, car il fut considéré comme étant l’homme le plus sage de son temps. Il est dommage que l’on n’ait point retrouvé son tombeau, car il offrait cette particularité d’être surmonté de trois sièges de marbre blanc. Deux trézéniens de mérite venaient occuper celui de droite et celui de gauche et y rendaient la justice, Pitthée étant censé siéger en esprit sur celui du centre. Cette inspiration demandée au grand disparu est un exemple que certaines démocraties ne perdraient rien à imiter. Laisser vide le fauteuil d’un illustre père de la patrie serait une manière plus sûre de ne pas l’oublier que de lui ériger une statue dans un carrefour. Pitthée fut le père d’Éthra. Cette jeune fille renoua les traditions passionnelles de la famille. Le roi d’Athènes, Égée, étant venu rendre visite à son père, elle dépassa les devoirs de l’hospitalité. Son amant lui laissa une épée et une paire de souliers par lesquelles il reconnaîtrait son fils, si elle en mettait un au monde après son départ. Le fils fut le fameux Thésée.

Le sage Pitthée couvrit le déshonneur de sa fille en inventant une fable d’amour divin et régularisa la situation en mariant Éthra à Égée. Il garda Thésée et se chargea de son éducation.

Il nous est demeuré quelques anecdotes sur la jeunesse de Thésée à Trézène. Hercule, étant venu en visite, laissa sa peau de lion dans l’antichambre avant de se mettre à table. Tous les enfants furent saisis de peur, sauf Thésée, alors âgé de 7 ans, qui, prenant une hache des mains d’un esclave, s’avança vers la dépouille du fauve.

Égée avait, comme nous l’avons dit, laissé son épée et ses souliers à Trézène et les avait placés sous un rocher, en indiquant à Éthra de ne pas lui envoyer son fils éventuel avant qu’il ne fût en mesure de soulever la pesante pierre. Thésée réussit cet exploit à 16 ans. Il avait d’ailleurs une admiration émulatrice pour son cousin issu de germain, Hercule, la grand’mère de ce dernier, Lysidice, étant la propre sœur de Pitthée.

Le vieux roi eut à s’occuper d’une autre éducation, celle de son arrière-petit-fils Hippolyte, né des amours de Thésée avec la reine des Amazones. Le héros était toujours par monts et par vaux. Éthra avait quitté Trézène pour Athènes et ses environs, Antiope, ex-reine des Amazones, était une étrangère réduite en esclavage ; il ne restait que le sage arrière-grand-père pour prendre soin du petit garçon. Il lui inculqua la réserve vis-à-vis du sexe féminin, en raison des complications dont la famille n’avait que trop souffert, du fait des passions, et lui conseilla de pratiquer la chasse comme dérivatif à ses ardeurs. Hippolyte fut un docile élève, féru de philosophie et détournait les yeux au passage des belles. Vénus, offensée par ce mépris, inventa ce qu’on appelle aujourd’hui le complexe de Phèdre. On sait la suite ».

(À suivre)  

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Référence : LPA 16 Sep. 2016, n° 119f6, p.23

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