Claude Gros de Boze, érudit, numismate

Publié le 23/08/2023

Jean-Baptiste Tenant de Latour (1779-1862) fut nommé en 1846 bibliothécaire du roi Louis-Philippe Ier, au palais de Compiègne. La somme de ses connaissances a été réunie dans ses Mémoires d’un bibliophile, parues en 1861. Cet ouvrage se présente sous forme de lettres à une femme bibliophile (la comtesse de Ranc… [Le Masson de Rancé]), et se compose de nombreuses réflexions sur la bibliophilie, les écrivains et le monde des lettres. Nous poursuivons cet été la publication de la Lettre XII consacrée aux « Traductions ».

Portrait de Claude Gros de Boze, par un peintre anonyme

« Madame,

Il est, vous le savez, des noms qui sont à peine connus des gens du monde, que les érudits ne pro­noncent point sans quelque respect, et qui réveillent toujours, chez ceux que leur rattache une certaine conformité de goûts, de secrètes sympathies. Celui de de Boze est assurément un de ces noms. En effet, même parmi les personnes qui ne sont pas tout à fait sans lettres, bien peu sans doute ont trouvé sur leur chemin un savant modeste, occupé toute sa vie de matières que n’accompagnent jamais ni une grande popularité ni un grand retentissement. Eh bien ! il est pourtant une classe d’hommes pour qui de Boze est à la fois un ami et une autorité. Il ne fit pas seulement de bons ouvrages, il aima aussi ceux des autres. De Boze était bibliophile. J’accorderai bien vite, et sans qu’il m’en coûte trop, que ce ne fut pas là son plus grand mérite, mais puisqu’il est convenu aujourd’hui de prendre les individualités par leur côté le plus sail­lant, ceux qui savent quelle action exerce la simple apparition d’un nom propre dans les choses littéraires comprendront aisément qu’en raison des rapports de goût dont j’ai parlé, à côté des grands noms, des noms illustres, soient accueillis, sans trop de défa­veur, des noms plus humbles, et que tel lecteur, par exemple, suivant le genre de ses études habituelles, se trouve heureux de rencontrer le nom de de Boze, quand il ne rencontre pas celui de Barthélemy.

Vous vous demanderez peut-être, Madame, pour­quoi, dans cette sorte d’opposition, l’auteur d’Ana­charsis s’est présenté à mon esprit plutôt que des célébrités encore plus grandes : c’est ce qu’expliquera naturellement la suite de cette lettre, où je vous ai promis de me livrer à quelques considérations sur l’existence bibliographique de De Boze. Établissons d’abord en peu de mots l’ensemble de sa biographie.

Notre savant bibliophile naquit à Lyon le 28 jan­vier 1680. Son nom primitif était Claude Gros ; mais un oncle maternel, trésorier de France, nommé De Boze, lui laissa le sien en même temps que sa charge et tout ce qu’il possédait. De Boze, après avoir ter­miné ses études dans sa ville natale, vint faire son droit à Paris, où il fut reçu avocat en 1698. Après un nouveau séjour à Lyon, ses goûts scientifiques le ramenèrent naturellement dans la seule ville qui lui offrît les moyens de s’y livrer tout entier, comme il se sentait disposé à le faire. Il devint en 1705 élève de l’Académie des Inscriptions, et, chose peut-être inouïe, dès l’année suivante, à peine âgé de vingt-six ans, il fut élu secrétaire perpétuel à la place de l’abbé Tallemant. » (À suivre)

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