Confrontation entre quatre artistes

Publié le 13/03/2018

André Cervera & Swarna Chitrakar, Le Tsunami, 2016 (146 x 114 cm).

Musée Paul Valéry – Sète

En dehors de ses expositions ponctuelles, le musée Paul Valéry, à Sète, présente tous les deux ans les œuvres de quatre artistes aux démarches différentes, une « expérience sensible, innovante ».

Ces créations récentes, réalisées entre 2014 et 2017, ont pour thème le monde d’aujourd’hui, exprimé par ces visions diversifiées, figuratives ou abstraites. L’œuvre de chacun d’eux est présentée dans une salle particulière.

Thierry Delaroyère, peintre et compositeur de chansons, est le premier à découvrir avec des compositions en technique mixte où se mêlent en une heureuse harmonie pastel sec, huile, acrylique et mine de plomb. Il révèle son inquiétude et les déchirements de notre société dans sa série « La paix en danger ». Son écriture toute personnelle, à première vue abstraite, révèle peu à peu quelques éléments figuratifs suggérés, des arbres notamment, et, omniprésente dans chaque tableau, une colombe juste esquissée qui semble là pour transmettre une paix extérieure ou intérieure. Sa blancheur est confrontée à des couleurs vives, frottées, grattées sur lesquelles apparaissent des coulures posées en de puissantes touches apparentes. Une impression de chaos, de menace. Apparaissent aussi parfois des créatures mythologiques, griffes et becs tendus, agressifs. Thierry Delaroyère évoque également le Déluge, cataclysme visant à détruire une humanité pervertie et lui permettre un nouveau départ. La palette est là plus douce, les tracés plus légers. Aucune narration dans ces compositions mais une grande puissance expressive.

Thierry Delaroyère, La Paix en danger, 2017 (pastel sec, acrylique, huile).

Musée Paul Valéry – Sète

Les photographies de Pascal Fayeton, en couleurs ou noir et blanc entraînent au cœur de la nature avec une intéressante liberté par rapport au motif, à l’image. Son œuvre, résultat d’un regard attentif tant sur le végétal que sur le minéral, présente un décalage entre réel et imaginaire. En des cadrages originaux, partiels, il évoque des forêts entre ombre et lumière, un tronc d’arbre vermoulu, quelques pierres dans la verdure, comme un chemin à suivre. Pas de ciel mais la présence des éléments, leur beauté simple, leur poésie, la minéralité des roches, leur puissance sont parfaitement rendus dans ces clichés. Quant aux stèles, superbes, elles évoquent les époques lointaines.

D’emblée la finesse, l’exactitude du dessin et sa violence captent l’attention, mais la création de Mohamed Lekleti va bien au-delà de cette apparence. Vigoureuse, forte, elle impressionne car elle évoque la brutalité de la vie. Ce peintre s’exprime volontiers par la métaphore, ainsi les animaux présents dans ses compositions nous renvoient à l’animalité qui est en nous. Mohamed Lekleti s’intéresse aux mythes qui créent une connexion avec la réalité, un questionnement aussi sur le monde, la politique et lorsqu’il évoque le jeu des tarots, c’est une manière de confrontation avec le jeu de la vie, de la mort, et incite à la réflexion. Il travaille en technique mixte sur toile ou papier. Son œuvre vivante impressionne par son inventivité, la violence des scènes interpelle et traduit l’interrogation permanente de l’artiste sur la vie dans son ensemble.

Une création à quatre mains, c’est ce que proposent André Cervera et Swarna Chitrakar. Deux peintres, deux mondes qui se retrouvent sur la toile celui, occidental, d’André Cervera et celui de Swarna Chitrakar, héritière d’une tradition indienne de chants, de poèmes qui viendraient du IIe siècle avant J.-C. Cette confrontation, entre peinture occidentale contemporaine et un travail ancestral très codifié qui se perpétue, permet un dialogue entre les deux cultures où s’expriment le charme, le merveilleux du conte indien et l’écriture d’André Cervera qui s’associe parfaitement à ces images d’un autre âge. Hautes en couleurs, sans perspective ce qui permet une proximité avec le sujet, ces compositions sont animées de personnages aux vêtements chatoyants, scènes vivantes dans lesquelles l’expression des deux artistes se conjuguent avec bonheur. On entre dans ce monde un peu magique de conte de fées retrouvant son âme d’enfant.

 

LPA 13 Mar. 2018, n° 134s8, p.16

Référence : LPA 13 Mar. 2018, n° 134s8, p.16

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