De la main de Bailly

Publié le 19/07/2023

Jean-Baptiste Tenant de Latour (1779-1862) fut nommé en 1846 bibliothécaire du roi Louis-Philippe Ier, au palais de Compiègne. La somme de ses connaissances a été réunie dans ses Mémoires d’un bibliophile, parues en 1861. Cet ouvrage se présente sous forme de lettres à une femme bibliophile (la comtesse de Ranc… [Le Masson de Rancé]), et se compose de nombreuses réflexions sur la bibliophilie, les écrivains et le monde des lettres. Nous poursuivons cet été la publication de la Lettre XII consacrée aux « Traductions ».

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« Sans tenir aucun compte de la date de cette lettre (car lorsqu’on écrit d’une réunion de livres, il faut, ainsi qu’on le fait dans un autre ordre d’affaires, laisser aussi longtemps que possible le protocole ouvert), c’est ici le moment de dire que des mêmes lieux d’où me vint, il y a quelques années, le Don Quichotte d’Ibarra, j’ai reçu depuis la magnifique traduction en vers espagnols de la Jérusalem délivrée, par le lieutenant général marquis de la Pézuela, de l’académie de Madrid, magnifique par le grand talent du traducteur, magnifique par les admirables accessoires de la gravure et de la typographie, qualités que rehausse pour moi, hors de toute mesure, la main de qui je tiens ce splendide présent.

J’ai la traduction en vers du Pastor fado avec le texte, Cologne (1686), qui va avec les Élzévirs. J’ai le Traité des Délits et des peines (traduction de l’abbé Morellet) avec la note suivante : « Cet exemplaire de ma traduction a appartenu au malheureux Bailly, mon confrère à l’Académie, qui le tenait de moi. Signé Moulut. » Le titre porte de la main de Bailly : « Bailly, de l’Académie des sciences ». L’infortuné savant n’était pas encore membre de l’Académie française. Les hommes du même temps que moi ne pourront lire ceci qu’avec une profonde émotion.

J’ai la Fiammetta de Boccace, cette merveilleuse peinture d’un amour passionné, traduite par Chappuis de Tours. J’ai enfin différentes productions de notre temps : Les Fiancés de Manzoni, traduction de M. Dusseuil, le Théâtre, les Poésies et l’Histoire de la Colonne infâme, du même, traduction d’Antoine de Latour ; les Mémoires d’Alfieri, traduits par le même ; et enfin les Prisons et le Discours sur les devoirs des hommes, traduits aussi par Antoine de Latour.

Je dois m’abstenir ici, Madame, même d’une de ces courtes réflexions qui, jetées à la suite de chaque énoncé de mes livres, indiquent plus souvent une sympathie qu’un jugement littéraire à proprement dit ; mais je ne serai accusé, je crois, d’aucun sentiment de famille exagéré en répétant, à mon tour, ce que je trouve écrit et répété partout depuis vingt-cinq ans, savoir que cette traduction a popularisé, ou, du moins, a fortement contribué à populariser en France l’œuvre et le nom de Silvio Pellico. Je viens d’y joindre du même traducteur la Correspondance inédite, admirable annexe du livre admirable des Prisons. (À suivre)

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