Découverte et tribulations d’un pastel de Degas

Publié le 26/06/2024

Ce pastel sur carton d’Edgar Degas, intitulé Éloge du Maquillage, a resurgi à Madrid

M.Schulman/Observatoire

Si Edgar Degas, de son vrai nom Hilaire Germain Edgar de Gas (1834-1917), est né rue Saint-Georges à Paris, il était d’origine italienne, ce qui n’a jamais manqué de l’influencer dans ses découvertes artistiques. Son grand-père, le banquier Hilaire de Gas, avait quitté la France au moment de la Révolution pour gagner Naples, où il épousa une jeune femme de la noblesse du royaume des Deux-Siciles. Son père, Pierre-Auguste, s’était installé à Paris pour ouvrir une filiale de la banque paternelle. Degas, qui avait très vite abandonné le droit, était un dessinateur infatigable, copiant sans cesse les œuvres des anciens. Cette vocation artistique déplut, on s’en doute, à son père, ce qui provoqua leur rupture.

Rien ne prédisposait le jeune artiste, qui s’imposait de plus en plus, à se rendre en Espagne et à aller voir quelle vérité l’on pouvait découvrir au-delà des Pyrénées. Il ne se pressa pas de s’y rendre ; il entreprit un voyage vers août-septembre 1889, alors qu’il était âgé de 55 ans. Selon l’expert Michel Schulman, les œuvres de Degas sont peu nombreuses en Espagne, trois dans les musées ; on en trouve une au Thyssen-Bornemisza, à Madrid, une au musée de Montserrat, quelques-unes dans des collections particulières et d’autres dont l’attribution reste à étudier. On ne peut pas dire que ce voyage a quelque peu influencé l’artiste. En revanche, une surprise attendait, il y a quelques jours, les héros du marché de l’art. Un pastel sur carton intitulé Éloge du Maquillage a resurgi à Madrid. On le connaissait, il avait été présenté au public dans les années 1950, appartenant à une collection particulière catalane.

Cette œuvre, qui n’est sans doute pas le meilleur de la production de Degas, est une scène de maison close, thème récurrent dans son œuvre. Dans son analyse, Michel Schulman explique que l’artiste a puisé nombre de ses représentations de nu dans ces lieux dont il était familier. Il en a tiré des pastels mais aussi des monotypes, dont la plupart ont été retrouvés dans son atelier à sa mort en 1917. Or le musée des Beaux-Arts du Canada (Ottawa) conserve un monotype, Le Client sérieux, où l’on voit une jeune prostituée faire des propositions à un client de la maison close. « À l’évidence, Degas a repris deux personnages de ce monotype pour réaliser Éloge du Maquillage » explique-t-il.

Ce pastel avait été acquis par Julián Bastinos, directeur avec son frère d’une maison d’édition. Des dissensions les conduisirent à se séparer et le premier partit pour l’Égypte avec… le pastel. Après sa mort, en 1918, sa collection retourna en Espagne, fut saisie en 1934 lors de la guerre civile, restituée à la famille en 1940, puis acquise par Joan Llonch Salas, président de la Banco Sabadell et président de l’Académie des Beaux-Arts de Sabadell (Barcelone). Le pastel est resté par succession dans cette famille pendant plusieurs décennies avant son acquisition par son propriétaire actuel. Quel sera son sort ? Vente aux enchères, donation à un musée, conservation privée ? Une nouvelle chronique le dira peut-être ?

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