Dernier passage en paquebot

Publié le 17/06/2024

Glénat

« Quatre heures du soir. Le Flandre est à quai, écrivait Paul Morand, le 10 novembre 1927. Treize mille tonnes. Il y a une minute attendrissante dans la rencontre du passager et de son paquebot dans l’intersection de leurs deux destinées. » Paquebot, pour les amateurs de véritable voyage, est encore un mot magique. Il permet de rêver à un luxe disparu. On devine Paul Morand, encore, « ce voyageur léger », selon le mot de Michel Déon, dans sa préface à Hiver Caraïbe (Flammarion) passer d’un paquebot à l’autre. L’homme pressé qu’il était a en effet usé de nombreux paquebots, oubliant, comme le rappellent Jean-Yves Delitte et Jean-Benoît Héron dans leur préface à leur album, titré simplement À bord des paquebots, que le mot vient de packet boat, littéralement « navire de colis ». Les deux complices, Jean-Yves Delitte et Jean-Benoît Héron, proposent un superbe album qui offre en texte et en images ce dont on rêve en croisière et qui a disparu avec le France.

Ce rêve est partagé car les catalogues de ventes publiques consacrés aux paquebots, sont eux-mêmes collectionnés. Une réunion de six catalogues a été adjugée 64 €, à Drouot, le 6 février 2024, par la maison Artenchères de Lyon. Pour le confort, nous aurions pu leur ajouter une « Malle cabine de voyage », vendue 256 €. Celle-ci, en bois gainé de cuir et renforts en métal doré, laisse découvrir une penderie avec ceintres, deux tiroirs et deux abattants. Monogrammée M. L en rouge, elle porte une étiquette « Transatlantique French Line Paris – Le Havre » et est numérotée 712. « Je suis avalé d’un coup, avec ma malle, bientôt seul avec elle dans la cabine carrée : moi, colis mou et horizontal ; elle, colis dur et vertical, dans le plus profitable des tête-à-tête », notait aussi Paul Morand.

Avant les paquebots du siècle dernier, qui n’avaient pas encore cet aspect de HLM, pouvant atteindre 17 étages sur 362 mètres de long et entasser 6 000 passagers, il y avait des paquebots à voile. Ce qui est bien évident, car pour atteindre de nouvelles côtes, comme celles de la Nouvelle France, à la suite de Jacques Cartier, on devait bien prendre place à bord de ce que l’on n’appelait pas encore, les transatlantiques. Jean-Benoît Héron dessine superbement l’Indiaman, un vaisseau de la BEIC (British East Indian Company), qui transportait principalement des marchandises, mais également des personnes et du courrier. L’arrivée de la vapeur fut une révolution. Les auteurs citent le SS Lydia, lancé en 1890 qui accueillait 250 passagers. C’est à peu près l’époque où les compagnies de messageries choisirent leur couleur, où l’on installa dans les ports des gares maritimes et où les fastes et le luxe s’imposèrent sur des paquebots aux dimensions de plus en plus vertigineuses, comme le Titanic. Les dessins de Jean-Benoît Héron permettent de visualiser, grâce à des vues coupées, l’intérieur et la vie à bord, comme celui du Normandie. Un exemplaire du numéro spécial de L’Illustration de 1935, consacré à ce paquebot, a été adjugé 51 € et un portefolio sur le même sujet 90 €. Reste, pour le souvenir, une « Médaille commémorative Compagnie Générale Transatlantique en bronze. French Line Le Havre-New York 1962 », vendue 30 € à Blois, le 15 avril 2024.

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