Des délits et des peines selon Beccaria

Publié le 01/12/2021 - mis à jour le 01/12/2021 à 10H37

Cette édition originale de la première traduction en français a été reliée en plein veau d’époque.

Tajan

Frappé par les terrifiantes sanctions des lois pénales de son époque, le marquis milanais Cesare Beccaria Bonesana (1738-1793) se persuada qu’il était temps d’établir « les bases et les limites du droit de punir, de proportionner les châtiments aux délits, de supprimer les supplices barbares, de prévenir le crime plutôt que de le réprimer, et surtout d’abstraire la justice de toute espèce de lien avec les théologies oppressives ». Balayant « les quelques restes des lois d’un ancien peuple conquérant », compilés depuis douze siècles par un prince de Constantinople, il composa un Traité des délits et des peines (Dei delitti e delle pene, Livorno, Coltellini, 1764), qu’il publia anonymement. Cet ouvrage connut aussitôt un grand retentissement, fut réédité plusieurs fois en Italie, et fut traduit dans la plupart des langues de l’Europe.

Un exemplaire de l’édition originale de la traduction française par l’abbé philosophe André Morellet (1727-1819), encyclopédiste et traducteur à l’esprit mordant, au point que Voltaire l’appelait « l’Abbé Mords-les » (Lausanne, 1766. In-12), relié à l’époque, en plein veau, orné d’un double filet, a été vendu le 11 octobre dernier par la maison Tajan. L’abbé Morellet exécuta sa traduction d’après la troisième édition italienne. Mais l’abbé entreprit, de son propre chef, de mieux ordonner le traité. « En conséquence, il le dépeça par morceaux et les recousit comme un habit d’arlequin, bien persuadé d’avoir rendu un important service à son auteur original », rapporte Grimm dans sa Correspondance littéraire (1753-1790). On dit que Beccaria eut « la faiblesse de remercier son dépeceur, et de lui assurer qu’il ne manquerait pas de mettre à profit cet arrangement dans la nouvelle édition qu’il préparait de son ouvrage ».

Beccaria passa outre sa promesse et s’adressa à un certain Étienne Chaillou de Lizy, bibliothécaire de son état qui traduisit son traité d’après la sixième édition définitive conformément à l’original. Cette deuxième édition parut en 1773 chez l’éditeur Jean-François Bastien (2 parties en un volume in-12). Un exemplaire relié à l’époque en maroquin vert, orné de filets et décors doré, les gardes de papier doré, les tranches dorées, a été vendu 3 634 €, à Drouot, le 8 juillet dernier par la maison Binoche & Giquello, assistée par Jean-Baptiste de Proyart, lors de la dispersion de la bibliothèque du docteur Henri Polaillon. Cette édition est complétée par la traduction d’interventions de Pietro et Alessandro Verri et de Giovanni Alberto De Soria et par la réédition du commentaire de Voltaire.

« De toutes mes réflexions, dit en guise de conclusion Beccaria, il résulte un théorème général aussi utile qu’il est peu conforme à l’usage, ce législateur ordinaire des nations. Pour que tout châtiment ne soit pas un acte de violence exercé par un seul ou par plusieurs contre un citoyen, il doit essentiellement être public, prompt, nécessaire, proportionné au délit, dicté par les lois, et le moins rigoureux possible dans les circonstances données ».

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