Dialogue entre Joan Miró et Zao Wou-Ki

Publié le 08/06/2021 - mis à jour le 09/06/2021 à 11H21

Femme et oiseau par Joan Miró.

Galerie Mayoral

Rapprocher deux grands peintres du XXe siècle issus de pays bien différents est inédit. Une démarche intéressante de la galerie barcelonaise Mayoral, créée en 1989, spécialisée dans l’art moderne espagnol et installée à Paris en 2019.

Un dialogue entre artistes de deux générations, figures importantes de l’art qui ont marqué leur époque. Ils se rencontrent en 1952 à Paris à la galerie Pierre. Rapidement, leur goût pour la poésie, pour le signe plutôt que le dessin, pour la lumière les rapproche. Ils ont pour ami et soutien l’historien de l’art Jean Leymarie, ainsi que des galeristes importants : Pierre Loeb et Pierre Matisse.

Le rapprochement entre ces peintres a nécessité un important travail comme l’explique la commissaire de l’exposition, Salomé Zelic : « En étroite collaboration avec la galerie Mayoral et les institutions nous avons réalisé un véritable travail de recherche vivante, mettant ainsi en lumière un pan de l’histoire de l’art où les amitiés intergénérationnelles furent précieuses et porteuses de synergies créatrices ».

Le dialogue entre ces artistes a priori assez différents dans leur création n’a jamais fait l’objet d’une exposition et mérite que l’on s’y intéresse. Ce qui déjà les rapproche : un fort intérêt pour Paris qui, au début du XXe siècle, est sans conteste un phare artistique incontournable attirant des artistes du monde entier. En 1920, Miró va en faire sa ville d’adoption sans oublier Barcelone où il est né (il y revient chaque été) ; il y rencontre des créateurs d’avant-garde. La capitale va quant à elle exercer sur Zao Wou-Ki une véritable fascination ; peu à peu, des peintres de renom apprécient son travail : Maria Helena Vieira da Silva, Sam Francis, Hans Hartung et bien d’autres, dont Miró. Un intérêt pour l’œuvre de Paul Klee va les réunir et les orienter vers l’abstraction. Ce jeune peintre voue à l’artiste espagnol une profonde admiration et c’est ainsi qu’en 1978 il lui offre, pour ses 85 ans, un dessin au lavis d’encre : un éclatement de formes dynamiques, qu’il dédicace ainsi :« Pour Joan Miró, le plus jeune parmi nous tous », titre de cette exposition.

À l’époque de leur rencontre, Miró a allégé son écriture, s’est libéré de l’influence surréaliste, il peint signes et tâches de couleur ponctuées de noir en des œuvres spontanées, loin de la réalité inspirée par la peinture catalane médiévale. Zao Wou-Ki puise ses sources dans l’écriture archaïque des inscriptions divinatoires sur des os, réalisée durant la période Chang. Ainsi, ces artistes s’inspirent-ils du passé pour créer des toiles contemporaines dans lesquelles le dessin se réduit à des signes qui évoquent une calligraphie qu’ils s’approprient pour la création d’un langage poétique parfois énigmatique. Le rythme anime leurs compositions qui peuvent se déchiffrer comme des poèmes. S’ils poursuivent une même démarche abstraite, leur œuvre diffère : Miró aime les puissantes coulées d’encre de Chine, les couleurs fortes, vivantes à travers lesquelles s’exprime sa liberté poétique, sa gestualité dans une sorte d’élan, de lyrisme. Lyrisme encore chez Zao Wou-Ki, qui épure les formes, se libère du concret ; il substitue des masses colorées aux signes dans une réinterprétation poétique du paysage, d’où émanent une intense poésie et la sensibilité de l’artiste. Il évoque de vastes espaces avec une liberté qui ne trahit jamais la nature ; à chacun de la réinterpréter.

L’amour de l’art, la recherche vers l’essentiel a réuni ces artistes issus de mondes bien différents.

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