Paris (75)

Douglas Sirk, un géant à la Cinémathèque

Publié le 27/09/2022 - mis à jour le 27/09/2022 à 11H05

La Cinémathèque française

Hans Detlef Sierck est né à Hambourg à la fin de siècle, mais tout le monde ne semble pas s’accorder sur son année de naissance : 1897 est la plus souvent citée. Roger Boussinot, dans la colossale Encyclopédie du cinéma (Bordas), affiche 1900.

Réalisateur, mais aussi scénariste, il fera bientôt carrière à Hollywood que pourtant il n’aimait guère. Il tentera un retour en Allemagne. On ne lui fit pas de cadeau, lui reprochant son exil volontaire. Il ne cessera d’être hanté par la recherche de son fils disparu. Il est possible que son cinéma parle aussi de cela, thèse proposée par Denis Rossano dans Un père sans enfant (Allary Éditions, 2019). On a reconnu Douglas Sirk, dont le nom brille dans l’histoire du cinéma.

Sirk a tourné des films immortels. Il a mis en lumière un certain Rock Hudson sur lequel les studios ne misaient pas. Rock, qui a joué aussi dans Les Ailes de l’Espérance et d’autres films de Sirk, dont Écrit sur du vent. Rock, abonné aux films de Sirk, est devenu une star. Le Secret magnifique, c’était aussi Douglas Sirk : Jane Wyman y trouve l’un de ses plus beaux rôles. Le film est typique du « mélo » selon Sirk. Pour Le Mirage de la Vie, il filme Lana Turner qu’un fait divers horrible a rattrapée et offre des rôles inoubliables à Juanita Moore et à Susan Kohner qui joue Sarah Jane, un prénom que les cinéphiles n’ont jamais oublié. Le grand John Gavin était aussi de la distribution. Qui n’a pas pleuré en regardant ces films mythiques ? Le Mirage de la Vie fut le dernier long métrage de Sirk. On est en 1959. Sirk a filmé Lauren Bacall, Dorothy Malone, Robert Stack, Barbara Stanwyck, Fred MacMurray, Joan Bennett, George Sanders, Boris Karloff, Lucille Ball, Claudette Colbert, Ann Blyth, Van Heflin, Ann Sheridan, Sterling Hayden, Jack Palance. Ludmila Tcherina, Liselotte Pulver, Piper Laurie furent de la partie. James Dean, dans Qui donc a vu ma belle ? joua un amateur de crème glacée.

Ceux qui n’ont jamais vu des films de Douglas Sirk ont de la chance : une grande rétrospective est organisée à la Cinémathèque de Paris depuis le 31 août. Elle dure jusqu’au 26 octobre. Presque 40 films sont à l’affiche. Manière de vérifier que, si Douglas Sirk fut celui qui porta l’art du mélodrame à ses sommets, il ne fut pas que cela : il a officié dans tous les genres, le thriller, le « drame mystique », le film de guerre. Le western aussi, avec un intéressant Taza, fils de Cochise, dont il n’eut pas à rougir et que l’on peut hisser à la hauteur de bien d’autres. Le mélodrame selon Sirk, c’était quoi ? Un cinéma qui faisait pleurer mais sans pathos et sans esbrouffe. Il y avait l’histoire (les scénaristes n’étant pas pour rien dans la réussite de l’entreprise), les acteurs. Et la manière de filmer. En finesse. Sirk, c’est un style. Dans la programmation de cette rétrospective ô combien bienvenue, il y a aussi sa période allemande, celle des années trente. On peut voir le Habanera de 1937, avec l’actrice Zarah Leander, que l’on retrouve dans Paramatta, bagne de femmes la même année. Il y a aussi Interlude, un film sentimental avec June Allyson et Rossano Brazzi. Le tout sur une musique de Mozart. Quelle affiche ! On ne cache pas ne l’avoir jamais vu. Tant mieux.

Vite, à la Cinémathèque !

• La Cinémathèque française, 51 rue de Bercy, 75012 Paris

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