Éduquer les princes

Publié le 14/12/2022

Ce manuscrit de L’Éducation d’un prince chrétien par Érasme, enluminé entre 1526 et 1531, relié aux armes de Louis-Joseph de Bourbon Condé, a été adjugé 190 000 €

Coutau-Bégarie

Comment devient-on prince et comment le rester ? Il n’est pas certain que les hommes politiques contemporains aient lu de bout en bout l’ouvrage de Nicolas Machiavel (1469-1527), Il Principe ou De Principatibus, que nous connaissons sous le titre français Le Prince. Celui-ci se distingue de tous les traités classiques adressés aux souverains. Il ne donne pas de conseils moraux et recommande, dans certains cas, des actions contraires aux bonnes mœurs. Si la politique ne s’embarrasse pas de ces fameuses bonnes mœurs, Machiavel, plus subtil, met en avant la vertu voire l’habileté qui ne sont pas morales, mais politiques. Le Prince a été composé puis achevé en 1513, et publié pour la première fois en 1532 et traduit en français par Gaspar d’Auvergne (vers 1535-1596). De l’édition originale française (Poitiers, Enguilbert de Marnef, 1553, in-4°), un exemplaire relié en maroquin rouge par E. Thomas a été présenté à la vente à Louviers, en mai 2018, avec une estimation de 4 000/5 000 €.

On dit que Machiavel s’est inspiré de César Borgia, duc de Valentinois (1475-1507), qu’il a connu et côtoyé pour différentes missions. Pour l’auteur, le fils du pape Alexandre VI fut un prince idéal. Qu’en était-il du jeune Charles de Gand qui s’apprêtait à devenir roi d’Espagne et qui, trois ans plus tard, deviendrait empereur sous le nom de Charles Quint (1500-1558) ? Il demanda à Érasme (1467-1536) de lui composer un traité d’éducation. La renommée d’Érasme explique sans doute ce choix, l’Éloge de la Folie avait été imprimé pour la première fois en 1511. On sait qu’Érasme voyagea tout au long de sa vie, notamment en Italie, à Venise, Bologne et Rome, en Angleterre et en Allemagne. Durant ses déplacements, il donnait des cours de latin aux fils de familles et rédigeait à leur intention des « livres du maître ».  Il est désormais certain que l’Institutio principis christiani (en français, L’Éducation d’un prince chrétien) a été achevé en 1516. Il semblerait qu’il ne parvint jamais à Charles Quint.

Il fut en revanche traduit par Guy de Baudreuil, l’abbé commendataire de l’abbaye Saint-Martin-au-bois, qui en commanda une copie du manuscrit enluminé, réalisée entre 1526 et 1531, qu’il soumit à Guillaume de Montmorency, dans le but de la transmette à Louise de Savoie, mère de François Ier, dont Montmorency était alors le chevalier d’honneur.

Ce manuscrit (petit in-folio), comprenant 15 lettrines et un grand frontispice figurant deux anges portant un écu aux armes du Dauphin, relié en plein maroquin olive à triple filet aux plats, frappés aux armes de Louis-Joseph de Bourbon Condé, prince de Condé (1736-1818), a été adjugé 190 000 € à Drouot, le 14 octobre 2022 par la maison Coutau-Bégarie assistée par Jérôme del Moral de la librairie Villa Browna, lors da la dispersion des Trésors de la bibliothèque des ducs de Montmorency. Il a aussitôt été préempté par la bibliothèque du musée Condé au château de Chantilly.

Ce manuscrit aurait été destiné à François III, duc de Bretagne (1518-1536), le fils aîné de François Ier et de Claude de France ; mais celui-ci mourut avant d’en prendre connaissance.

Coutau-Bégarie, 60 avenue de la Bourdonnais, 75007 Paris

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