Paris (75)

Edvard Munch, « Un poème de vie, d’amour et de mort »

Publié le 10/11/2022 - mis à jour le 10/11/2022 à 10H39

Edvard Munch, Rouge et blanc (1899-1900), huile sur toile

Munch Museet

Cet artiste mythique a laissé une œuvre unique, parfois bouleversante, évocatrice de notre rapport à la vie, à la mort et à la souffrance.

« Mon art est une confession et une tentative pour élucider mon attitude vis-à-vis du monde ; cela est donc une sorte d’égoïsme mais j’espère toujours aider les autres à trouver un équilibre », Edvard Munch explore les sentiments humains souvent à partir d’une introspection. Sa vision de l’existence est sans doute née à partir des drames qui ont émaillé sa jeunesse : à peine âgé de cinq ans il perd sa mère, quelques années plus tard sa sœur puis son père. Autant de bouleversements qui le conduisent à cette analyse singulière de l’existence, de la vie et de la mort inéluctablement liées ; il évoque aussi la nature souvent présente dans ses tableaux. Après ces décès il ressent un sentiment d’abandon ; il tentera de s’en libérer par l’art.

Après ses études à Oslo, il effectue un séjour à Paris en 1885 et découvre l’impressionnisme, la modernité. De retour en Norvège, il peint sans relâche, ses toiles deviennent alors plus lumineuses, son écriture plus libre, sa palette s’éclaircit et la figure humaine prend de l’importance. En 1889, il obtient une Bourse d’État qui lui permet de poursuivre ses études à l’étranger ; il choisit Paris, où il suit un temps les cours de Léon Bonnat à l’École des Beaux-Arts. Très vite, il s’intéresse à la peinture moderne : l’École de Pont-Aven, Van Gogh, Pissarro dont il va s’inspirer dans une scène de rue joyeuse sous le soleil. Quelque temps plus tard, il évoque la même avenue le soir dans une autre vision, les visages blancs portent la marque de la mort, tels des fantômes.

Munch aime décliner ses thèmes en plusieurs versions, comme L’Enfant malade qu’il peint et repeint, image émouvante, souvenir de sa sœur morte à quinze ans ; l’expression est forte, dans une grande liberté d’écriture. Son œuvre dénote au fil du temps un désir de synthèse, une forme d’expression loin de toute convention dans un style unique. Il ne cesse d’explorer des voies nouvelles pour transmettre sa réflexion sur les événements joyeux ou douloureux en une dramaturgie qui n’appartient qu’à lui. Son obsession de la tragédie est à son comble dans Le Cri, œuvre puissante, image de l’angoisse qui a fait son succès. Cependant, il a exploré dans bien d’autres compositions les déchirures humaines.

Lorsque Munch évoque l’amour, c’est rarement dans la sérénité : la femme devient parfois presque vampire, c’est d’ailleurs le titre d’un tableau. Ainsi la voit-il dans une œuvre où il la peint, enserrant de sa longue chevelure rousse le corps d’un homme devenu prisonnier ; la femme est ici séductrice mortifère. Sa peinture émotionnelle est inspirée parfois de ses lectures de Nietzche, réalisée avec la plus grande liberté. Mais il ne délaisse pas la couleur, lumineuse, parfois stridente à côté d’atmosphères plutôt lugubres, exécutées en un dessin lisible ou plus informel. Avec ampleur, il pose la couleur en longues touches dynamiques esquissant la forme d’un corps, d’un arbre et l’on retrouve toujours la même puissance expressive, l’inquiétude, la mélancolie, un éternel questionnement.

La série des portraits et autoportraits ne s’attache pas au physique mais sont porteurs de la solitude, d’une angoisse latente. Munch a également pratiqué gravure et dessin qui témoignent de ses recherches afin de combiner divers procédés. Sa virtuosité remarquable ne supprime pas l’expression intense.

Chacune des œuvres de ce peintre provoque un saisissement, presque un malaise pour certaines, par tout ce qu’elles révèlent de la nature humaine.

• Musée d’Orsay, esplanade Valéry Giscard d’Estaing, 75007 Paris

Jusqu’au 22 janvier 2023

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