Être né quelque part

Publié le 08/10/2020 - mis à jour le 09/10/2020 à 10H52

Gallimard

« Être né quelque part, pour celui qui est né ; c’est toujours un hasard », chante Maxime Le Forestier dans l’une de ses célèbres chansons.

Cet aphorisme pourrait être la petite mélodie qui accompagne le dernier livre de Leïla Slimani, Le pays des autres, paru aux éditions Gallimard. Ce roman nous raconte le destin d’une famille franco-marocaine. Le premier tome retrace une décennie passée entre la fin de la Seconde Guerre mondiale et la montée des tensions et des violences qui aboutiront à l’indépendance du Maroc en 1956.

1944, Mathilde rencontre Amine, un Marocain venu combattre pour libérer la France. Ils se marient et Mathilde quitte l’Alsace pour s’installer au Maroc, à Meknès. Amine prend possession de parcelles et souhaite faire prospérer cette terre rocailleuse et ingrate, mais à quel prix ? Mathilde rêve sa vie, se débrouille pour offrir à ses deux enfants le foyer chaleureux et prospère qu’elle a pu connaître en France. Le couple se bat contre la terre, les préjugés des uns et des autres et bientôt contre les événements qui atteignent leur petite ville… Ce roman rend hommage à ces hommes et ces femmes qui luttent pour s’en sortir.

Mais comment vivre sur une terre qui n’est pas la sienne quand on est une femme française, éduquée mais pauvre ?

Comment vit-on quand on est un homme marocain qui a épousé une étrangère et qui doit prouver qu’il est un agriculteur accompli ?

Comment vit-on quand on est une enfant issue de cette double culture ?

Alors que le hasard de la naissance vous a mis sur terre, que vous soyez colons ou indigènes, paysans ou soldats, femmes ou hommes, vous devez vous battre pour exister et vivre justement dans un pays qui n’est pas forcément le vôtre, mais bien dans le pays des autres ; c’est là tout le propos de Leïla Slimani qui, de sa plume aguerrie, fine et sensible, nous dévoile les envies, les peurs et les joies de ces êtres marqués par la vie. Ce récit s’inscrit dans une histoire familiale lourde, dans laquelle savoir d’où l’on vient ne nous aide pas forcément à être qui l’on veut être…

Quand la petite histoire familiale rencontre la grande histoire, quelles sont les armes dont on dispose pour s’en sortir ?

Leïla Slimani nous offre un récit personnel qui redonne vie à une époque et aux événements qui ont marqué son auteur, mais au-delà toute une génération d’hommes et de femmes, le tout avec un talent de conteuse indéniable. On attend avec impatience la suite pour connaître le destin de cette famille qui partira ailleurs, quelque part… pour renaître ou « revenir quand on part ».

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Référence : LPA 08 Oct. 2020, n° 156u9, p.20

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