Face à Arcimboldo

Publié le 08/10/2021

Vue de l’exposition.

Centre Pompidou-Metz

Les fabuleux portraits de Giuseppe Arcimboldo (1562-1593), réalisés à partir de fleurs, fruits, légumes, petits animaux ou livres, nous fascinent par l’expression de ces visages, véritables jardins extraordinaires, représentant des personnages au caractère différent.

Novateur s’il en est, très apprécié de son vivant, ce peintre est ensuite tombé dans l’oubli jusqu’au début du XXe siècle qui l’a redécouvert. Certains artistes modernes se sont inspirés, et aujourd’hui encore, de sa création. Outre ses compositions fantastiques, Arcimboldo a peint des œuvres maniéristes, expression en vogue au XVIe siècle, à la qualité remarquable. Et c’est ainsi que, très apprécié à la cour des Habsbourg, il est appelé à Vienne par Frédéric Ier puis par ses deux successeurs. Il quitte alors Milan en 1562 et passera 25 ans au service de ces empereurs.

Les portraits de la famille impériale sont traités avec une extrême finesse tant dans l’expression des visages lumineux que dans le rendu des vêtements et bijoux. Cependant l’artiste s’ennuie, c’est un érudit comme Vinci ; il s’intéresse à l’architecture notamment, et rédige la première théorie moderne de l’Histoire de l’art. S’il s’inscrit dans le maniérisme, il conserve sa personnalité, abandonne les règles de la perspective et il est considéré au XXe siècle comme anti-classique, annonçant les révolutions de l’art à venir. Après Vienne, il séjourne à Prague avant de revenir à Milan où il décède. Le mouvement dada et les surréalistes sont les premiers, vers 1910, à redécouvrir l’œuvre d’Arcimboldo.

L’exposition qui se tient actuellement au Centre Pompidou-Metz présente 250 peintures, dessins, sculptures du XVIe siècle à nos jours, dans le but de révéler la diversité de l’œuvre du peintre : grotesque, illusion, anamorphose, science et son influence. Dans un essai sur Arcimboldo, Roland Barthes le considère comme un poète qui agit par « association d’idées ». Le parcours non chronologique met l’accent sur les multiples ruptures qui ont traversé l’art au long des siècles, il est une ébauche du « Musée de nos désirs » selon l’expression de Ponthus Hultén.

L’art du peintre italien irrigue l’histoire de l’art comme le révèle l’exposition. Les artistes présents et si différents ont chacun été influencés, consciemment ou non, par Arcimboldo. L’ensemble propose une intéressante diversité de création ; passé et présent sont ici réunis, affirmant le rayonnement de ce peintre hors norme, complexe.

Proposée comme un labyrinthe à parcourir, l’exposition s’ouvre avec une vaste installation de Mario Metz plongeant le visiteur immédiatement dans le XXIe siècle. De Francis Bacon, un impressionnant visage à peine ébauché, saisissant par cette bouche grande ouverte, représente une déformation impressionnante de la figure. Tout aussi exaltés, les « Nanas » de Niki de Saint-Phalle et les collages de Hannah Höch, ou l’inquiétante « Fille allemande ». Mais L’Apennin de Jean Bologne (1580) est tout aussi étrange. On passe du paradoxe de Magritte, Le Modèle rouge, à Picabia et sa capacité d’invention, au trompe-l’œil de Dali puis aux allégories de Max Ernst, Ubu Imperator, une huile de sa phase Dada. C’est encore Toyen qui traduit une figure humaine dans son tableau Le devenir de la liberté par des feuillages. Quant à la sculpture en polystyrène et résine imaginée par Maurizio Cattelan, elle unit dans un fouillis contrôlé de nombreux éléments disparates : têtes d’animaux, billets de banque, petits personnages et autres objets parfois difficilement identifiables.

Le fil rouge de cette présentation est évidemment La création d’Arcimboldo, dont les portraits attirent par leur invention, leur précision, la finesse du dessin, l’agencement parfait d’agrumes et d’animaux divers qui, par la magie du peintre, donnent vie à un visage. C’est une allégorie du pouvoir lorsqu’il s’agit de la représentation des empereurs. S’il exalte le rapport de l’être humain à la nature, il loue, à sa manière, la culture, l’érudition avec Le Bibliothécaire, réalisé à partir de livres ouverts ou fermés et la présence du personnage est intense.

Cette capacité d’invention a impressionné, intéressé bien des artistes comme Rodin, Picasso, Ensor, Yves Tanguy, Bellmer, Duchamp, Chirico, Annette Messager et bien d’autres encore.

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