Paris (75)

« Face au soleil »

Publié le 19/01/2023 - mis à jour le 19/01/2023 à 9H55

Musée Marmottan Monet

Manifestation de la divinité chez de nombreux peuples, vénéré de diverses façons suivant les civilisations, le soleil a inspiré bien des artistes. Claude Monet, avec son tableau Impression, soleil levant qui a été à la base de l’impressionnisme, est le plus célèbre d’entre eux. Cette œuvre, réalisée il y a 150 ans, figure parmi les chefs-d’œuvre de la collection du musée Marmottan-Monet qui a décidé de fêter cet anniversaire par une exposition consacrée aux artistes qui, au cours des siècles, ont été inspirés par cet astre. De grands noms sont présents sur les cimaises, artistes qui depuis l’Antiquité jusqu’à nos jours ont représenté Phébus.

Dès l’entrée, le visiteur découvre des objets anciens où l’astre est présent : une stèle funéraire égyptienne en bois, stuc et pigments des VIIe et VIe siècles av. J.-C., où les personnages sont représentés la tête ornée d’un soleil ; une amulette en faïence figurant un enfant, image du soleil renaissant réalisé au troisième quart du IIe millénaire av. J.-C. ; un manuscrit du XVIe siècle, Coucher de soleil sur la ville, attire par la finesse de son dessin et de sa palette.

Mais au moment où le soleil a dû se confronter à Dieu en Occident, il a quelque peu perdu de son aura ; on le constate dans des tableaux du XVIe siècle. Cependant, les thèmes mythologiques associés à l’astre demeurent, ainsi est reprise La Chute d’Icare dans une Trilogie de Carlo Sarceni. Puis, Louis XIV devient le Roi-Soleil, redonnant à l’astre sa splendeur, son rayonnement. La révolution intervenue après la démonstration de Copernic, la Terre tournant sur elle-même et autour du soleil, a parfois modifié le regard des peintres du XVIIe siècle. C’est le cas de Rubens, avec une peinture d’un paysage animé par les rayons solaires qui lui confèrent une atmosphère lumineuse. Un tondo de Charles de La Fosse de 1672 évoque le lever du soleil ; ce dernier n’est pas visible mais illumine la campagne. Au fil de l’exposition, des toiles de Claude Gellée, Joseph Vernet et bien d’autres. À retenir encore, le somptueux Sun Jewerlry : une figure représentant le soleil et ses rayons en cuivre ciselé, doré, percé, serti de perles (1709).

À l’aube du XIXe siècle, de nombreux artistes sont fascinés par la puissance solaire, les ambiances qu’elle permet : ce sont les ocres blonds enveloppant une route évoquée par William Turner, tandis que Caspar David Friedrich préfère fixer sur la toile Un matin de Pâques, frileux, en de sombres tonalités. Quelques décennies plus tard, ce sera Impression, soleil levant où Monet suggère un port en une gamme colorée adoucie. Le petit disque orange ponctue le paysage. Dans le même esprit, Eugène Boudin nous transporte dans le port du Havre, où ciel et mer se confondent en un camaïeu d’ocres, sous un soleil à peine perceptible mais ordonnateur de l’atmosphère. La lumière solaire toujours, mais exprimée différemment à la fin du siècle jusqu’en 1914.

Chaque peintre, dans sa diversité, propose sa vision de l’importance de l’astre sur les sites à l’aurore ou au couchant, de Signac et Pissarro à Derain. Quant à Munch, il évoque le soleil en majesté selon son imaginaire. Souvent la poésie habite ces créations. Peintre de recherche, Sonia Delaunay utilise les contrastes simultanés de formes et de couleurs. Malgré cette abstraction, le soleil demeure présent. Après les années 1920, le regard et l’expression diffèrent ; les artistes affirment souvent une vision très personnelle. Le cercle, toujours présent, se décline autrement, d’une façon poétique. Dans sa composition aux tracés circulaires, Gérard Fromanger réinvente l’œuvre fondatrice de Monet, et Vicky Colombet affirme sa personnalité.

Aujourd’hui encore, le soleil semble parfois presque considéré comme un dieu. Il est recherché pour sa lumière, sa chaleur réconfortante et l’atmosphère chaleureuse qu’il génère.

Musée Marmottan Monet, 2 rue Louis Boilly, 75016 Paris

Jusqu’au 29 janvier 2023

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