Filiations

Publié le 16/03/2021 - mis à jour le 18/03/2021 à 12H08

Buchet/Chastel

C’est une histoire de famille, une famille française, qui a traversé les années dans le silence et les non-dits. Rien de bien grave, tant l’histoire est universelle et puis finalement l’amour a toujours été présent, les enfants ont été aimés, adorés, choyés ; peut-être un peu trop pour André, dont le secret de la naissance a vite été effacé… mais quelles sont les répercussions d’un tel silence, quand on ne sait pas d’où l’on vient ? Rechercher un père alors que la mère est déjà absente…cela a-t-il un sens ?

Peut-on se construire sans connaître l’identité de son père ? André ne sait presque rien du sien, et pourtant, il n’a pas manqué de modèles masculins à la maison, à l’école et dans le maquis, où il s’est comporté en héros. Mais de qui est-il le fils, c’est une question qui revient de temps en temps.

Aujourd’hui, il est facile de connaître ses origines, des tests ADN existent pour nous y aider, mais dans cette histoire, l’identité du père est connue, la difficulté réside dans la rencontre ; comment aller vers l’autre, aller au-delà du non-dit, du silence ? Comment rencontrer un homme inconnu et faire de lui un père… mettre un visage sur un nom, avoir un homme en face de soi… Mais cet homme sera-t-il à la hauteur des attentes ?

Le dernier roman de Marie-Hélène Lafon, Histoire du fils, nous entraîne dans les méandres d’une histoire familiale finalement quelconque. La lignée est retracée à travers différents événements marquants, qui seront les éléments fondateurs de cette filiation. Les personnages sont esquissés et leur histoire s’écrit en pointillé…

Gabrielle, une femme d’âge mûr tombe amoureuse d’un jeune homme, ils s’aiment mais ne se promettent rien, alors quand elle tombe enceinte, que peut-elle faire ? Garder cet enfant et le confier à sa sœur bien aimée qui, elle, vit dans un foyer chaleureux avec mari et filles. Cet enfant – un garçon – sera le frère, le fils de cette famille, il grandira entouré d’amour.

Il n’y a pas vraiment de secret, il sait qu’Hélène n’est pas sa mère comme Léon n’est pas son père, mais les liens du sang sont-ils si importants, tant que l’on s’aime ?

Cette histoire de filiation traverse les époques, Marie-Hélène Lafon retrace un arbre généalogique, branche après branche, rameaux après rameaux. Il y a une certaine mélancolie dans ce récit, c’est doux et triste à la fois, sans pathos, ni colère, juste une vie qui s’écoule à une époque où la vérité n’était pas sur toutes les bouches…

La vérité, André la connaît. Il a eu la meilleure famille qu’il pouvait avoir, avec des sœurs, des cousines ; alors certes, il y a bien eu des tentatives pour se rapprocher de ce père… mais elles ont toutes été avortées. Du Lot au Cantal, en passant par Paris, ce sont les bonheurs et les joies de la vie d’une famille, les malheurs, les chagrins aussi mais tout en retenue, sans effusion, puisqu’après tout, le temps fait son œuvre et « la mort nous délivre du secret ».

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Référence : LPA 16 Mar. 2021, n° 160c1, p.36

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