Fréderic Bazille, à l’aube de l’impressionnisme

Publié le 14/02/2017

Le temps ne lui a pas été laissé pour accomplir pleinement son œuvre. Mort à 29 ans au début de la guerre de 1870 où il s’était engagé, Frédéric Bazille a cependant laissé des tableaux marquants qui lui confèrent une place importante dans les débuts de l’impressionnisme.

« Je suis sûr de n’être pas tué, j’ai trop de choses à faire dans la vie » : ainsi Frédéric Bazille est-il parti « la fleur au fusil » pour une guerre dont il ne reviendra pas. Et l’on songe au développement qu’aurait pu connaître son art : rester impressionniste ou s’intéresser à d’autres mouvements.

Frédéric Bazille (1841-1870), L’Atelier de Bazille, dit L’Atelier de la rue La Condamine, hiver 1869-1870, h/t, 98 x 128,5 cm, Paris, musée d’Orsay, legs de Marc Bazille, 1924, inv. RF 2449.

Musée d’Orsay, Dist. RMN-Grand Palais / Patrice Schmidt

L’exposition du musée d’Orsay dévoile le travail de cet artiste attiré par la peinture dès sa jeunesse. Il naît à Montpellier dans une famille bourgeoise, protestante, assez stricte. Dans ce milieu aisé, cultivé, il s’initie au piano, fréquente les musées. Reçu au baccalauréat, il souhaite entreprendre des études artistiques, mais son père refuse ; il s’inscrit alors en médecine. Mais il se sent à l’étroit et rêve d’étudier à Paris ; il s’y installe en 1862. Il abandonne bientôt ses études de médecine pour entrer à l’Académie Charles Gleyre où il rencontre Sisley, Renoir et Monet avec qui il tissera des liens d’amitié durables. C’est le départ de son aventure picturale dans cette période où l’impressionnisme, qui rejette l’académisme, commence à se manifester. Bazille s’y intéresse et travaille avec ses amis dans la capitale mais également en Normandie, revenant en vacances dans la région de Montpellier à laquelle il demeure très attaché.

Un autoportrait classique de 1865 au regard aigu, vivant, débute le parcours thématique et chronologique de cette exposition. Les premières œuvres réalistes, à la matière épaisse, aux touches visibles, dynamiques, révèlent un tempérament de peintre qui n’a pas encore trouvé son propre style. C’est son amitié avec Monet, le travail en plein air, notamment à Chailly-en-Bière où ils peignent la forêt de Fontainebleau, puis à Honfleur, qui lui permettent de se libérer. Il révèle son sens de la nature qu’il évoque en verts puissants sous la lumière, il aime aussi traduire sur la toile des paysages plus chaleureux de sa région. Il compose également des vues de ses ateliers : rue de Furstenberg, puis celui des Batignolles, dont il recrée l’atmosphère.

À cette époque, les artistes rêvent d’être reçus au Salon ; en 1866, Bazille est admis avec une Nature morte au héron, classique, sage. En un chromatisme modéré, il peint des scènes de famille paisibles, des paysages sereins dans une agréable luminosité. Il y a en lui une perception authentique du sujet traité. Dans son autoportrait de 1870 apparaît son évolution, il a mûri, sa personnalité s’affirme. Ainsi encore des vues d’Aigues-Mortes, sous-tendues d’une discrète géométrie et exécutées en une palette délicate où se lisent sa science de la lumière et une attirance pour les paysages tranquilles.

Il peint aussi Les Baigneurs, jeunes gens profitant d’un bord de rivière sous les arbres ; l’artiste les intègre parfaitement dans le site. Il affirme sa modernité. Deux tableaux attirent particulièrement l’attention : Portrait de famille en 1867, où les personnages statiques, un peu raides, manquent de vie. Trois ans plus tard, l’année de sa mort, il compose La Terrasse de Médéric ; une peinture solaire où chacun des onze personnages a été étudié tant dans son attitude que dans l’expression du visage. Il s’agit de sa famille réunie sur la terrasse de la maison familiale. L’air semble pur comme la lumière, les ombres dansent sur le sol ; il règne une atmosphère de plénitude, de bien-être. Quant à ses fleurs, épanouies, elles disent son amour pour la beauté.

Frédéric Bazille s’est impliqué dans le développement de l’impressionnisme, il a eu, le premier, l’idée d’une exposition de groupe. Disparu trop tôt, il n’aura pu donner la pleine mesure de son talent en seulement sept ans d’activité mais son œuvre attachante, d’une belle sérénité, moderne pour son époque, mérite d’être découverte.

 

LPA 14 Fév. 2017, n° 123x6, p.15

Référence : LPA 14 Fév. 2017, n° 123x6, p.15

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