Garde des médailles et des antiques

Publié le 30/08/2023

« Je ne suis pas expert et je ne veux point l’être. J’aime les vieilles choses pour le plaisir qu’elles me procurent, sans chercher à m’ériger en pontife de la curiosité », assurait Paul Eudel (1837-1912) dans son ouvrage intitulé Truc et truqueurs au sous-titre évocateur : « altérations, fraudes et contrefaçons dévoilées », dont nous avons retrouvé la dernière édition, celle de 1907. Nous reprenons sa publication, consacrée au faux en tout genre, en feuilleton de l’été.

Jean-Jacques Cordier

« Par une singulière coïncidence, De Boze refusa d’être sous-précepteur de Louis XV, et fut appelé à remplacer Fénelon à l’Académie française ; mais je suis obligé d’avouer qu’il était bien loin d’être à la hauteur d’une pareille succession. C’est dans la science numismatique, dans la science des antiquités en général, qu’il faut chercher ce qui caractérise pro­prement de Boze. Il fut mis à sa véritable place lors­qu’il devint garde des médailles et des antiques, en 1719. Il avait déjà marqué dans les sciences depuis longtemps par des travaux d’un grand intérêt. Dès 1702 il avait publié, sous le voile de l’anonyme, son premier ouvrage, un Traité historique sur le jubilé des Juifs. En 1705 il donna une dissertation sur le Janus des anciens, et une autre sur la déesse Santé. Il rédigea les quinze premiers volumes des Mémoires de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, et y inséra plusieurs éloges très remarquablement écrits. Enfin il publia, dans le cours d’un demi-siècle, un grand nombre de dissertations plus ou moins importantes, soit dans les Mémoires de cette académie, soit dans le Journal des Savants ; et, au hasard de sortir de cet ordre d’idées, j’ajouterai que je lui sais un gré particulier d’avoir été (du moins l’abbé Goujet l’as­sure) l’un des auteurs de l’allégorie publiée en 1745 dans l’intérêt du Prétendant, sous le titre : Démétrius Soter, ou le rétablissement de la famille royale sur le trône de Syrie. De Boze mourut en 1753, âgé de soixante-quatorze ans. Il est assurément peu de car­rières scientifiques ou littéraires aussi longues et aussi honorablement remplies.

Beaucoup d’écrivains ont parlé de De Boze car l’étendue et la variété de ses connaissances ont dû le faire entrer dans le cercle de bien des goûts divers. Mais l’abbé Barthélemy est sans contredit celui qui, dans ses Mémoires particuliers, fait le mieux connaî­tre et l’homme et le savant, ou plutôt c’est le seul qui l’ait véritablement peint. Il m’eût été fort aisé, sans doute, de puiser dans cet ouvrage le fond d’un narré que je me serais approprié du plus au moins par quelques changements dans la forme ; mais si cela est bon en matière de simple biographie, lorsque, comme dans ce qui précède, il ne s’agit que de faits et de dates, ce serait en vérité vous voler, Madame, que de vous donner mon humble prose à la place de celle de l’auteur d’Anacharsis. Je vais donc le citer ici in extenso, d’autant plus que ces Mémoires ne sont pas aussi généralement connus qu’ils méritent de l’être. » (À suivre)

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