Gauguin l’Alchimiste

Publié le 12/12/2017

Ahaoe feii, par Paul Gauguin, 1891, exposée au Grand Palais.

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Voilà un artiste dont l’intérêt s’est porté sur de multiples expressions : peinture, gravure, sculpture, céramique, avec une rare invention, toujours soucieux de découvertes.

Paul Gauguin a vécu son cheminement artistique comme une aventure quasi spirituelle, entre révolte, douleur et passion. L’exceptionnelle exposition rassemblant 230 œuvres au Grand Palais en témoigne ; elle évoque et analyse les diverses périodes de son art.

Dès son enfance, la vie de Paul Gauguin a été cahotique ; il a 3 ans lorsque sa famille émigre au Pérou, son père décède au cours du voyage. C’est cependant une période enchantée pour lui dont il conservera le souvenir. Pensionnaire à son retour en France, il supporte mal cet enfermement et en 1865, il s’engage dans la marine. Il revient à Paris sept ans plus tard et entre dans un bureau d’agent de change. Il gagne fort bien sa vie, peint en amateur et collectionne quelques toiles, de Paul Cézanne et Pablo Picasso notamment. Il se découvre aussi un intérêt pour la sculpture sur bois. Une de ses premières œuvres, La Petite Parisienne, se révèle intéressante dans la simplicité de ses volumes.

Il se marie en 1873. Mais Gauguin a besoin de changement, il décide de se consacrer à la peinture et quitte son emploi. Intéressé par l’impressionnisme, Camille Pissarro sera son mentor qui l’encourage ; il admire aussi Degas. On remarque une nature morte qui annonce le dialogue permanent qu’il entretiendra avec divers médiums : ici un vase péruvien parmi les fruits tandis qu’apparaît un profil masculin.

En 1886, il effectue son premier séjour à Pont-Aven, il y restera deux mois et rencontrera Émile Bernard. De retour à Paris, il découvre la céramique. Très vite il s’évade de la tradition et réalise des sculptures-céramiques représentant pots, vases ou personnages. Paul Gauguin voyage ainsi entre Paris, Pont-Aven et la Martinique. Il aime les paysages bretons et crée avec Émile Bernard le « cloisonnisme » : des aplats de couleurs sont cernés d’un trait noir ; paysannes, ronde de petites bretonnes sont peintes dans la synthèse de la forme, loin de l’analyse impressionniste, en une matière nourrie. L’artiste passe de la réalité au symbole comme l’atteste Portrait de l’artiste au Christ jaune. Parallèlement, un autre thème le séduit : les baigneuses. Dans les vagues évoque la forte sensualité d’une nageuse vue de dos. Mais la sculpture lui demeure indispensable ; on découvre un vase en grès représentant le visage de Léda qu’entoure le cygne, une forte expression dans cette œuvre issue d’une collection particulière. Entre 1888 et 1889, Paul Gauguin réalise des céramiques qui conservent la possibilité d’un usage domestique.

Paul Gauguin est un homme libre qui aime couper les ponts avec la routine. Il part pour Tahiti en 1899, nouvelle aventure, nouvelle expérience picturale : « Tout m’aveuglait, m’éblouissait dans le paysage ». Les êtres aussi l’intéressent, les vahinés en particulier, qu’il évoque nues dans leur décor exotique ; elles apparaissent parfois sculpturales ou sensuelles. Le peintre cherche à retrouver mythes et légendes, il va les réinventer dans des sculptures en bois ou en grès tel ce dieu hiératique impressionnant : Idole à la coquille. Dans ses peintures il recrée l’atmosphère quotidienne. Une toile retient l’attention, L’Esprit des morts, où une jeune vahiné un peu effarouchée, allongée de dos sur son lit, est à la fois pudique et sensuelle, rappelant l’Olympia d’Édouard Manet. Paul Gauguin nous fait partager la beauté du pays autant que sa mythologie dans la luxuriance de sa palette.

De retour à Paris en 1893, il expose ses œuvres, sans grand succès, et décide de retourner à Tahiti. Souvent décorative, son œuvre n’en est pas moins métaphysique et imaginative. Il exécute des pastorales chaleureuses en un dessin simplifié. Enfin, il s’installe définitivement aux Marquises, en 1901, et construit là sa célèbre « Maison du Jouir ». Inspirée de l’habitat de l’île, elle est un hymne à l’amour libre ; il la décore de panneaux de bois sculptés parfois polychromes représentant souvent des personnages.

Cette exposition permet de comprendre la quête incessante de Paul Gauguin et ses recherches plastiques à travers divers mediums. Une œuvre riche dans ses multiples questionnements.

 

 

 

LPA 12 Déc. 2017, n° 131u6, p.24

Référence : LPA 12 Déc. 2017, n° 131u6, p.24

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